De Platon et sa Cité Idéale, à Jean-Jacques Rousseau et son Contrat Social, l’origine de l’Etat est pensée comme une convention établie entre une communauté d’hommes. Ceux-ci renoncent a une partie de leur liberté (ou droits naturels), en échange de lois qui garantissent la pérennité du corps social.

Le droit au travail de dimanche (liberté individuelle) doit pas primer sur le droit au dimanche (intérêt général).

C’est l’Etat qui se doit d’organiser le rythme de la société, et ce dans le but de favoriser le bon épanouissement de tous.

Les différentes transformations de notre législation s’appuyaient sur cet argument. En 1906, 45% des employés avaient une espérance de vie inférieure à 40 ans. La loi du 13 juillet a imposé 1 jour de repos après 6 jours de travail, dans l’intérêt des salariés de l’industrie et du commerce. Et elle l’a fixé au dimanche dans l’intérêt des familles et de la vie communautaire.

Prôner la primauté de l’intérêt particulier sur l’intérêt général conduit à renier toute idée de construction d’une vie communautaire, et à revenir à une conception primitive de la société.

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Pourquoi le dimanche est-il un jour férié ?

(Merci à Sarah Masson, étudiante en journalisme, à laquelle cet article doit l’essentiel)

L’origine du rytme de sept jours est de tradition immémoriale. Il est attesté par le livre de la Genèse (4° siècle avant JC), où Dieu, après la création du monde, décide de se reposer le septième jour. Mais il ne se contente pas de lambiner 24 heures, il décide de bénir et sanctifier ce jour particulier. D’où le sabbat de la tradition juive (la semaine juive commençant le dimanche, le sabbat est célébré le septimème jour, en l’occurrence du vendredi soir au samedi).

Avec les premiers chrétiens, cela se complique. Ceux-ci respectent le sabbat, mais, après la crucifixion du Christ, célèbrent aussi le dimanche (« dies dominicus », jour du Seigneur), qui est le jour de la résurrection du Christ.

En 321, l’empereur Constantin introduit le repos du dimanche dans les villes de l’Empire, le couplant au jour du dieu solaire romain (on retrouve cette étymologie dans le mot anglais « sunday » ou allemand « sonntag »). Tout travail est prohibé, sauf les travaux des champs : dès le départ, le repos dominical s’inscrit dans une perspective d’amélioration sociale et non de normalisation absolue.

L’oisiveté dominicale remise en cause par les Lumières

Les Lumières critiquent le caractère oisif de ce jour et estiment que le travail doit être rétabli pour des raisons sociales et morales. « Les élites considéraient le temps libre populaire comme un temps gaspillé dans les cabarets », explique Robert Beck.

Il sera supprimé en 1792 avec l’apparition du calendrier révolutionnaire, rétabli en 1814 avec le retour des Bourbon, puis de nouveau aboli en 1880.

Dès 1880, un fort mouvement social de contestation (notamment les employés de grands magasins), conduisent le législateur à adopter en 1906 une loi dont les principes sont toujours en vigueur aujourd’hui, instaurant un repos de 24 heures le dimanche après six jours de travail (cette loi, née en 1906, a été évidemment mise à jour de nombreuses fois depuis sa naissance).

Ce texte, voté par une Chambre très anticléricale, principalement pour des raisons d’hygiène (en 1906, 45% des employés avaient une espérance de vie inférieure à 40 ans) s’inscrit dans une série de lois sociales, à l’initiative de la gauche politique et syndicale, comme la journée de 8 heures en 1919. Il constitue la base de notre organisation sociale du temps de travail. Robert Beck précise : « Cette loi reste en vigueur parce qu’elle est fondée autour de deux valeurs : le repos et la famille. »

Le dimanche a changé de nature au cours XXe siècle, comme le rappelait récemment, dans l’Express, le sociologue Paul Yonnet : « Longtemps, il fut une journée remplie d’obligations sociales (messes, fêtes et réunions familiales). Parallèlement à l’urbanisation et à la déchristianisation de la société française, le septième jour, libéré de ces contraintes, est entré dans l’ère du temps libre. »