Actualitté, 6/5/15

Le SLF en désaccord avec une dérogation généralisée

Adopté hier au Sénat, un amendement propose de généraliser l’ouverture des commerces culturels de proximité, le dimanche et à l’ensemble du territoire. Si la chose fait l’affaire de l’enseigne Fnac, les librairies indépendantes, par la voix de leur syndicat, ne l’entendent pas de la même oreille. 

Entre le PDG de Fnac, Alexandre Bompard, et la librairie indépendante, les intérêts marchands semblent diverger. Alors que le premier a dû se féliciter de l’adoption de l’amendement en séance, la seconde voit d’un œil plutôt sceptique cette généralisation : « Sur les 3000 librairies françaises, seule une minorité ouvre actuellement le dimanche, là où l’activité ce jour-là le justifie, à savoir à proximité de marchés ou dans des zones touristiques », estime le Syndicat de la librairie française.

Et d’affirmer qu’en aucun cas, la librairie ne serait en demande d’une « dérogation généralisée au repos dominical ». Celle-ci n’aurait en effet aucune justification d’un point de vue économique. 

En effet, l’ouverture dominicale, en dehors des exceptions liées à la présence d’un marché ou d’une zone touristique, n’est pas rentable pour les librairies, commerces à forte intensité de main d’œuvre (deux fois plus d’emplois en librairie que dans les chaînes culturelles, trois fois plus que dans la grande distribution). L’ouverture dominicale entraîne une répartition différente des achats de livres sur la semaine davantage qu’une croissance nette du chiffre d’affaires, le temps de lecture n’étant pas extensible. 

En séance, Éliane Assassi, sénatrice d’Île-de-France, n’avait pas dit autre chose : « La fédération des artisans, le syndicat national des libraires sont aussi opposés à de nombreuses dispositions du texte. Tel est le bilan de la mission d’évaluation du travail du dimanche présenté au Conseil de Paris récemment. Mais ce n’est, hélas, pas une de vos lectures favorites. »

Que la dérogation soit introduite est d’autant plus délicat, selon le SLF, que les sénateurs n’ont proposé aucune définition de ce que pouvaient être les commerces de détail de biens culturels. Et l’on voit poindre à l’horizon le cavalier de l’apocalypse : « La grande distribution qui vend des biens culturels relève-t-elle de cette dérogation ? Les chaînes spécialisées sont-elles également concernées alors qu’elles ne réalisent plus qu’une part minoritaire de leur chiffre d’affaires avec les produits culturels (produits éditoriaux : livres, disques, DVD) », s’interroge le SLF. 

Car si les grandes chaînes, spécialisées ou non, obtenaient cette dérogation, c’est l’effet inverse que l’on observerait. « [L]es librairies se retrouveraient désavantagées par rapport à des chaînes qui pourraient ouvrir le dimanche avec un personnel réduit et des charges inférieures. » 

Et de réaffirmer surtout que la généralisation de l’ouverture dominicale n’apporte par de réelle réponse à une concurrence par rapport à la vente en ligne, « sauf à considérer qu’il faudrait également ouvrir la nuit ! »

Selon les données de l’industrie, il semblerait que la librairie indépendante soit actuellement en progression, tandis que la vente en ligne stagnerait. « Cette évolution prouve que c’est principalement en se distinguant d’Internet et en offrant un service de qualité au niveau de l’accueil, du conseil, de la diversité de l’offre et des animations que l’on peut développer sa clientèle et son chiffre d’affaires », en conclut le SLF.

 

 

 

 


Le CAD a combattu, autant que ses moyens le lui permettent, un projet reniant orthogonalement la parole du Président de la République ainsi que du Parti Socialiste, et poursuivant scrupuleusement le travail de déconstruction sociale engagé sous la législature précédente. Collectif citoyen, le CAD est atterré de cette démonétarisation de la parole politique, qui a fait dans l’histoire le lit de tous les extrêmes.
Au lieu de songer aux mesures propres à endiguer la production d’environ 30.000 nouveaux chômeurs par mois, propres à inverser la courbe du chômage, le ministre de l’Economie a choisi de rester crispé sur un catalogue de mesures disparates, sans autres conséquences qu’un recul social en matière de droit du travail, et tellement peu crédible globalement qu’il a dû être imposé par la violence d’un article 49.3.
Même si nous saluons son engagement personnel, M. Macron est resté inflexible face à sa propre majorité. Inflexible face aux courants réalistes du PS. Inflexible face à la Mairie de Paris. Mais surtout inflexible face aux salariés dont 82% de ceux qui travaillent le dimanche disent qu’ils le vivent comme une contrainte, et qui pour 40%, de ce fait, sont confrontés à des difficultés de couple ou de famille (rapport Reynié 2009).
Le Ministre de l’Economie n’a pas craint, empruntant à M.Attali, pourtant non-élu, de mélanger de idées inabouties, sans rapport entre elles et ne dépendant même pas toutes de son ministère, pour les faire discuter dans des séances marathon, et les imposer à un Parlement sous saturation. En matière commerciale, cela s’appelle de la vente forcée. C’est illégal.
En matière d’emploi, le CAD avait publiquement défié M. Macron, ainsi que M. Gattaz, de démontrer que la dérégulation dominical créait UN SEUL emploi net : ce défi n’a jamais été relevé.
La grande distribution a déjà prévenu que la dérégulation du dimanche ne créant aucune croissance, elle n’entendait créer aucun emploi. Les grands magasins du boulevard Haussmann, dont la hausse de chiffre d’affaire est estimée à 10%, pourraient au mieux créer 2000 emplois. Mais combien de boutiques devront fermer, du fait de cette concurrence déloyale ? Combien d’autres vont devoir fermer aux Halles, sur lequel Unibail-Rodamco, par la voix de son PDG, réclame déjà la création d’une ZTI ?
Le CAD ne peut que prendre acte de cette nouvelle marche, forcée, vers l’établissement d’un monde toujours plus marchandisé, expression ultime des courants de pensée ultra-libéraux, et de politiques coupés du Peuple.
Mais pour sa part, le CAD continuera à défendre avec détermination, et avec tous les français de bonne volonté, cette liberté dominicale et sociale qu’est le repos hebdomadaire.
 
Paris, le 17 février 2015 à 17:15. 
 

Jean DIONNOT
Président
Hélène BODENEZ
Vice président
Etienne NEUVILLE

Secrétaire Général 


Voici ce que déclarait Emmanuel Macron sur les ondes de France Inter le 14/2 à 19H :

"Il y a des chiffres qui circulent autour d’un accroissement de 10% de l’activité et de l’emploi pour les commerces qui sont concernés; dans les quartiers parisiens évoqués, on crée environ au moins 2.000 emplois directs et indirects, dans les gares évoquées, c’est à peu près pareil. Il y aura à coup sûr de la création d’activité, il y aura à coup sûr de l’emploi et il y aura à coup sûr beaucoup plus de justice sociale parce que partout des compensations."

Du propre aveu du ministre, la polémique aberrante qu’il a suscitée en voulant poursuivre la dérégulation de MM Attali, Sarkozy et Mallié, ne pourrait produire, au mieux, que 2000 emplois bruts et 10% de CA, mais uniquement  dans les magasins du boulevard Haussmann. Pour ce qui est des 12 dimanches dérégulés, la grande distribution a déjà prévenu que cette mesure ne créerait pas de croissance, et qu’elle ne créerait aucun emploi. Tout ça pour ça ? 

Encore ne s’agit-il que de chiffres bruts : si le Ministre avait pris le temps d’une étude d’impact autre que le honteux rapport servi par France-Stratégie, l’ancien Commissariat au Plan, il aurait évalué sa politique en chiffres nets : combiens de boutiques devront fermer, du fait de la concurrence déloyale des magasins du Boulevard Haussmann ? Combien devront fermer dans la zone de chalandise du Forum des Halles, dont la patron vient de demander le classement en ZTI alors que la loi n’est même pas encore votée ? Il ne sera sans doute plus là pour le mesurer.  Nous si.

Pour remettre les choses en perspective, et puisque le gouvernement s’estime responsable des créations d’emplois, il faut rappeler que ce même gouvernement fabrique actuellement de l’ordre de 30.000 chômeurs PAR MOIS, et que ce ne sont pas ces 2000 postes, au mieux, qui seront peut-être créés DANS OU OU DEUX ANS qui pourront inverser la courbe du chômage.

L’acharnement du ministre de l’Economie à imposer, en reniement orthogonal de la parole du PS, en opposition violente avec la Mairie de Paris, au détriment des salariés français dont il n’entend pas la protestation, un point aussi anecdotique économiquement, ne laisse pas d’interroger : pour qui roule vraiment Emmanuel Macron ?

Etienne NEUVILLE
Secrétaire Général du CAD 


Sans aucune honte de renier orthogonalement la parole du parti Socialiste, le groupe PS de l’Assemblée Nationale a voté l’article 80 du projet Macron, qui entérine la dérégulation du travail dominical entamée par MM. Mallié et Sarkozy.

Il faut cependant saluer le travail d’un certain nombre d’élus qui, par les amendements qu’ils ont déposés, permettent de diminuer certains des dégâts du projet Macron. En 2009, M. Mallié nous expliquait que sa loi, appportant une modernisation et une rationalisation d’une "loi vieille d’un siècle", était urgente et indispensable à la France. Aujourd’hui, M. Macron qualifie la loi Mallié de "largement illisible et injuste" : quant à nous, nous n’avons pas besoin d’attendre la prochaine législature pour affirmer que le travail de M. Macron est honteusement bâclé.

Il est tout de même invraisemblable qu’un sujet comme le travail du dimanche, dont tout le monde sait pertinemment qu’il ne créera ni croissance ni emploi – le dernier en date à avoir confirmé cette certitude n’est autre que le directeur général d’Auchan – soit présenté comme "le point clé de la loi Macron". A ce jour, personne, et spécialement pas le travail indécent de France-Stratégie, n’a relevé notre défi public, qui est de démontrer que le travail du dimanche crée un seul emploi net.

Si c’est un point-clé, et que ce point-clé est imposé avec autant de rigidité par un Emmanuel Macron droit dans ses bottes, au mépris du risque des destructions d’emplois prévus par le CREDOC et observés par la confédération patronale CONFESERCENTI, au mépris de la très large majorité de salariés qui ne veulent pas travailler régulièrement le dimanche, a fortiori sans compensation, quel est l’objectif recherché par M. Macron ?

Est-il seulement de complaire aux actionnaires de LVMH, pour lesquels il a inventé le concept de ZTI (acronyme signifiant ZoneTout à fait dérogatoire réservée à quelques amis Influents) ? Est-ce pour complaire aux intérêts de la grande distribution, qui voit ici une opportunité de phagocyter les parts de marchés de la distribution de proximité, alors même que la grande distribution a d’ores et déjà prévenu qu’elle ne créerait aucun emploi ? Est-ce pour la satisfaction d’humilier Mme Hidalgo, ou de recevoir les félicitations de M. Attali ? Est-ce pour soigner un ego malmené par sa défaite face aux notaires ?

Peut-être le prochain emploi de M. Macron nous éclairera-t-il sur ce point. En attendant, nous poursuivrons sans relâche notre action de protection du droit au repos hebdomadaire et à la liberté dominicale, que les attaques viennent de droite ou de gauche.

Etienne NEUVILLE
Sécrétaire Général du CAD 
14/2/15 


Le CAD répond au courrier du député TRAVERT, chargé de coordonner le travail des "commissions d’experts indépendants" chargées d’évaluer l’impact du projet Macron.

 

 
Monsieur le Député,
 
J’ai lu et relu votre lettre en réponse à notre demande d’audience dans le cadre du projet de loi dite « loi Macron » et sur le volet spécifique du repos dominical dont vous êtes le rapporteur.
 
Je suis indigné, au même titre que feu Stéphane Hessel, vos arguments me rappelant les heures les plus sombres de la mandature de monsieur Sarkozy, le rapporteur de la loi Mallié de l’époque nous servant les mêmes formules creuses et sans fondement !
 
Je suis indigné qu’un député, élu du peuple, rapporteur d’un élément essentiel du projet de loi pour la croissance et l’activité, déclare n’avoir pas pu ne serait-ce qu’écouter, une organisation citoyenne !
 
N’avoir pas pris la peine d’entendre ce que des citoyens avaient à dire d’une question engageant un type de société dévolue à l’esclavage de la production/consommation et sous l’emprise de la haute finance !
 
Je suis indigné qu’un élu, socialiste de surcroît, puisse remettre en cause un acquis social de plus de cent ans, que ce soit pour le travail de nuit ou pour le travail du dimanche, et pour lequel se sont battus vos prédécesseurs à l’Assemblée nationale. Les élus socialistes de la IIIe République doivent se retourner dans leurs tombes.
 
Je suis indigné qu’au nom de la modernité, les élus majoritaires de l’Assemblée nationale puissent décider, sans nous consulter, de nous supprimer notre dimanche. L’homme d’aujourd’hui a-t-il moins besoin de repos, moins besoin de vie de famille, moins besoin de partager avec ses proches et ses voisins, moins besoin de se dévouer dans des associations pour les plus démunis, moins besoin de respirer, moins besoin de ce jour commun pour toutes les activités bénévoles, pour le sport, les loisirs et le vivre ensemble, comme l’on dit aujourd’hui ?
 
Je suis indigné que vous, les élus, vous ayez oublié que nous avons voté pour vous pour que vous défendiez le bien commun, et nous en avons assez que vous vous sentiez au-dessus du peuple pour vouloir son bien malgré lui et sans prendre son avis.
 
Je suis indigné que vous nous mentiez en affirmant que le travail du dimanche, l’ouverture des grandes enseignes le dimanche vont créer des milliers d’emplois et apporter de la croissance à notre pays, alors que c’est faux et toutes les études réelles le prouvent.
 
Je suis indigné et je tiens à vous dire que le Collectif des amis du dimanche mettra tout en œuvre pour que les renégats, qui défendaient le repos dominical il y a cinq ans et qui aujourd’hui défendent la « Macron Économie », ne soient pas réélus !
 
Soyez assuré, Monsieur le Député, de notre profonde indignation !
 
Jean Dionnot-Enkiri
Président du CAD

Emmanuel Macron avait annoncé qu’il ferait évaluer les principales mesures du projet de loi “pour la croissance et l’activité” par des "commissions d’experts indépendants". A ce titre, une commission a traité du travail du dimanche et vient de rendre son rapport, ce 21 janvier.

La crédibilité de ce travail souffre d’ores et déjà de deux insuffisances : 

  • les délais. Est-il possible, en deux mois, de produire une étude d’impact, sérieuse, actuelle, sur un sujet complexe ? Non.
  • l’indépendance. Est-il imaginable que les experts nommés par le Commissariat Général au Plan, (rebaptisé "France Stratégie", excusez du peu), soient d’un avis indépendant ? Non. Qui paye commande.

Et l’examen des indécentes conclusions de l’étude confirme les conséquences inévitables de ces défauts de naissance.

La commission ne se livre qu’à une compilation d’études déjà bien connues, dont certaines totalement obsolètes, comme l’étude Skuterud exploitant des chiffres canadiens de …1985 !

Dans un micro-paragraphe (page 6), elle s’interroge du bout des lèvres sur l’extrapolabilité de ces études étrangères au contexte français de 2015, mais se garde de conclure par autre chose que par la crainte "que l’incidence des extensions soit d’ampleur limitée", alors que c’est une condition sine qua non de présentation de ces études anciennes ! Du moins dans une démarche intellectuellement cohérente.

Et la commission ne prend absolument pas en compte, comme si elle ne les avait pas remarqué, deux éléments dramatiquement dimensionnants sur le travail du dimanche : d’une part le contexte économique actuel de croissance zero, et d’autre part l’évolution du marché du travail, qui fait maintenant appel d’une manière massive aux CDD et aux temps partiels.

De même, elle n’évalue pas l’impact des "compensations salariales" au travail du dimanche, dont l’instauration avait été promise par le Ministre : elle serait bien en peine de le faire, la seule affirmation certaine concernant ses compensations étant que leur montant ne serait pas défini par les textes ! 

Au plan de l’emploi, la commission se borne à compiler trois études bien connues et non extrapolables, mais en ajoute une quatrième à la méthodologie tellement obscure que se résultats ne peuvent pas être vérifiés immédiatement. La commission, en revanche, ne dit pas un mot de l’étude CREDOC 2008, ni de l’étude Conferescenti de 2013, qui toutes les deux chiffrent les destructions d’emplois liées au travail dominical. Bien au contraire, la commission conclut fièrement à un "effet positif" qu’elle se garde bien de chiffrer. Il s’agit ici de rhétorique et de partialité pure, mais pas d’économie.

En terme d’effet sur les prix à la consommation, c’est encore mieux ! En produisant deux études qui ne concluent pas sur ce point, la commission ne craint pas d’en déduire que l’impact pourrait se traduire par une baisse des prix ! (elle admet quand même que ce résultat "non significatif"[…] "gagnerait à être confirmé par d’autres études"). D’un résultat non significatif, elle tire une conclusion positive ! Merveilleux !

Et la commission joue l’impasse sur de nombreux sujets abordés pour ce débat : l’impact sur le tourisme (les fameux “touristes chinois” pourtant mis en avant par MM. Fabius et Gattaz), la question de la prétendue concurrence d’Internet (abordée par M. Macron, et le cas Amazon), celle du volontariat des salariés, celle de l’impact sur le travail des jeunes femmes et des conséquences familiales, ni celle la question de transfert de CA du commerce traditionnel vers la grande distribution. etc

Convoquée en catastrophe pour fournir une caution d’économie et d’indépendance à un projet de loi dont l’objet principal est de complaire à Bruxelle, la commission présente un travail baclé une semaine seulement avant les débats à l’Assemblée : autant dire qu’aucune revue de ce travail ne va pouvoir être fait, en dehors de la reprise d’idées simplistes martelées par les medias, travail qui commence à être fait dès ce matin, hélas. Pour notre part, nous en poursuivons l’examen critique de ce travail sur le wiki collaboratif.

Si les résultats des autres commissions chargées de cautionner le projet Macron sont aussi peu sérieux, aussi peu professionnels, aussi indécents, il eut mieux valu se dispenser de les produire, question d’honnêteté.

Etienne NEUVILLE

Secrétaire Général

21/01/2015 


propagande-dimanche.jpg

propagande-dimanche.jpg

(coup de geule)
 
Ce n’est pas sans une certaine stupéfaction que le citoyen que je suis a pris connaissance du "kit Repas de famille" publié sur le site du Gouvernement (http://www.gouvernement.fr/kit-repas-famille).
 
Dès le titre, "Kit Repas de Famille", il n’y a plus d’illusion à se faire sur la considération accordée par les élites au vulgum pecus, dont il faudrait sans doute meubler les affligeantes conversations au cours de ses ripailles de fin d’années.
 
Ce kit, présenté sous forme de carrés colorés, un peu comme ceux que dessinent les CM2, revisite les thèmes représentatifs des inquiétudes les plus fortes de nos contemporains. Celles auquelles la classe politique, à gauche comme à droite, apporte des réponses en kit, sans avoir d’autre résultat que de faire descendre sa cote de confiance à des niveaux jamais atteints. L’ensemble est ludique, marketé, moderne et flat design. C’est donc à ces prouesses de graphiste que servent mes impôts ?
 
Il y a un carré "La France est foutue, faut se barrer", et un carré "Et les résultats, ils sont où ?", et même un carré "On est plus en sécurité nulle part", qui vous explique que si, si, c’est une illusion d’optique, parce qu’en vrai, "enfin les chiffres de la délinquance sont en baisse". Merci, Charlie.
 
Et il y a un carré "Bientôt on sera tous obligés de travailler le dimanche", qui nous explique que nous nous trompons grave : "Tu n’y seras jamais obligé… Le repos le dimanche reste la règle. Et pour les salariés concernés, dans certaines zones ou pour des ouvertures exceptionnelles, le travail le dimanche c’est seulement s’ils sont volontaires, contre rémunération plus avantageuse ou repos compensateur. Jusque-là, il n’y avait pas de compensation obligatoire, désormais il y en aura."
 
Même quand on me prend pour un con, je n’aime pas qu’on me tutoie.
 
Et même quand on me prend pour un con, il y a des limites.
 
Affirmer que je n’y serai jamais obligé, en pédiode de chômage de masse, c’est juste une foutaise. Affirmer que le travail du dimanche restera la règle, alors que le projet Macron se propose d’aller plus loin encore que la loi Mallié dans la dérégulation du repos dominical, c’est un pur mensonge. Dire qu’il y aura rémunération plus avantageuse, tout en refusant explicitement d’en fixer la hauteur, c’est un piège. Dites-moi, M. le Ministre, vous allez vraiment aller travailler à Bercy tous les dimanches pour une prime à deux balles ? Dire qu’il va y avoir un repos compensateur, alors qu’il existait déjà, c’est honteux. Quatre lignes, quatre mensonges.
 
Venez donc faire pour un repas de famille à la maison, M. le Ministre, je vous assure que nous n’aurons nul besoin de votre kit à penser pour vous parler des sujets qui nous tiennent à coeur. A commencer par vous rappeler que ni vous ni personne n’a été capable de relever notre défi public, à savoir de prouver que dans l’environnement économique présent, le travail du dimanche crée un seul emploi net.
 
Etienne NEUVILLE
Secrétaire Général du CAD 

 
Nous sommes inquiets.
 
Le ministre de l’Economie présente aujourd’hui un projet de "loi pour la croissance", peu ou prou inspiré du travail d’Attali pour la "libération de la croissance" (Emmanuel Macron était le rapporteur de cette commission), qui prévoyait dès 2008, au milieu de 300 mesures tous azimuths, la dérégulation du travail du dimanche ou des professions réglementées.
 
Face à une courbe de chômage désespérément en hausse, à 5 millions de chômeurs, le ministre de l’Economie ne propose que de poursuivre la dérégulation du travail dominical, mesure qui ne crée ni emploi ni croissance, faute du moindre début de démonstration contraire. Au milieu de quelques autres mesures dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles laissent sceptiques bon nombre d’observateurs. 
 
Sur le travail du dimanche, qui peut encore croire que cela peut relancer l’emploi et libérer la croissance ? 
 
Bien sûr, nous avons entendu les chiffres fantaisistes du Dr Mallié ("des dizaines de milliers d’emplois" – que l’on attend toujours), les chiffres délirants de M. Gattaz (de 90 à 300.000 emplois – sic. Nous l’avions défié publiquement d’en fournir la moindre preuve, pas de réponse). Les chiffres frileux de la CCI (50.000 emplois), ou ceux carrément timorés de l’alliance pour le commerce (20.000 emplois), jusqu’aux chiffres contradictoires et surtout sans aucun engagement de leurs part, des patrons des magasins du boulevard Haussmann (700 emplois?).
 
Aucun de ces chiffres n’est crédible, car aucun n’expose de méthode de calcul. Faute de mieux, nous nous en tenons aux chiffres sourcés de l’OFCE : bilan zéro, voire négatif pour l’emploi et la croissance.
 
A l’inverse du MEDEF, l’UPA prédit la perte de 225.000 emplois, du fait du siphonnage des parts de marché de la distribution traditionnelle vers la grande distribution.
 
Nous avons entendu les discours lénifiants sur la garantie de volontariat : ceux qui vivent d’un salaire honnête savent bien ce que signifient le mot "volontariat" dans une économie en récession, où la précarité est telle que 80% des contrats d’embauche signés actuellement sont des CDD et où le taux de chômage des jeunes dépasse 20%.
 
Nous avons entendu le discours des salariés de Leroy-Merlin, qui se disaient volontaires pour travailler chaque dimanche. Et nous avons appris qu’il s’agissait en réalité d’une campagne de communication orchestrée par les Ateliers Corporate, et financée par les enseignes. Imposture.
 
Nous avons entendu le discours des compensation salariales. Avant même leur mise en place, elles commencent déjà à disparaître : elles ont déjà disparu pour les entreprises de moins de 11 salariés, voire 20, et Marisol Touraine dit maintenant que le doublement, c’est "si possible". Comme ce ne sera évidemment "pas possible", les branches négocieront aprement pour éviter le taux par défaut de 100%, et nous aboutirons à un système encore plus opaque, encore plus compliqué, encore plus sujet à compromissions.
 
Nous avons entendu le discours de M. Fabius, et de ses touristes chinois, venant de Chine pour acheter en France les parfums qu’ils trouvent chez eux, et s’obstinant à ne venir que le jour où le Printemps est fermé ! Pas de chance pour M. Fabius, les agences de voyage disent qu’il n’y a aucun problème de cet ordre. Et que les Chinois sont doués d’intelligence.
 
Nous avons entendu les grandes enseignes se plaindre de l’insupportable concurrence que leur ferait Internet, sans avouer qu’elles disposent toutes d’un site de e-commerce, et qu’elles disposent exactement des mêmes armes qu’Amazon. Simplement, pour battre Amazon, il faut être meilleur…
 
Les mauvaises langues diront qu’on pouvait s’attendre à tout d’un trop jeune ministre de l’économie, formé à la banque Rotschild, et coaché par Attali, gourou de secours aux idées déracinées. 
 
Que de mensonges…. 
La première chose certaine, en ce qui concerne le travail du dimanche, est un transfert d’activité au profit de la grande distribution. Déréguler le travail du dimanche, c’est juste faire travailler plus – un thème cher au précédent Président – les grandes enseignes de la distribution – les amis chers au précédent Président. Est-ce bien le rôle d’un gouvernement qui se dit de gauche, et qui s’était engagé contre le travail dominical par la voix de son Président actuel ?
 
La seconde chose certaine, c’est que la poursuite de la destruction d’un modèle social tirant sa personnalité d’une homorythmie hebdomadaire, marquée par le dimanche, est nuisible au bien-être des personnes, au vivre ensemble, et à la société tout entière.
 
Juste pour les intérêts des grands groupes de distribution. 
 
Etienne NEUVILLE
Secrétaire Général du CAD 

Il nous serait facile de chanter le couplet "nous vous l’avions bien dit", car cela fait au moins 5 ans que nous parlons de "l’effet domino" : au nom de quoi serait il légal d’aller acheter un canapé le dimanche, et pas un livre ? Ou un ballon de rouge, et pas un ballon de foot ?

Qui pourrait donner tort à M Bompard ? Ce pour quoi nous demandons l’abrogation de la loi Mallié (et de l’amendement ConfoKea), c’est bien pour éviter ce jeu de domino, qui entraîne de proche en proche toute la société française dans une dérégulation sociétalement dommageable, et strictement inutile au plan économique.

Mais là où le discours de M. Bompard sombre dans une détestable hypocrisie, c’est quand il dit qu’il subirait la concurrence du commerce en ligne, alors que la FNAC dispose déjà de son propre site Internet de vente en ligne ! Si pour battre Amazon, il en est réduit à inventer des expédients comme l’ouverture du dimanche, c’est simplement que le site Internet de la FNAC est mauvais. Est-ce que ce sont les salariés de la FNAC, et la société française, qui doivent payer la médiocrité de la e-stratégie de cette entreprise ?

Non content de faire preuve d’hypocrisie, ce discours est également malhonnête, losrqu’il reprend sournoisement les chiffres fantaisistes de M. Macron, qui évaluait mi-octobre à 25% le chiffre d’affaire dominical d’Amazon. En effet, les propos précédents de M. Bomparddatant du 30 octobre, évaluaient qu’il s’agissait d’un CA de 20% et non 25, mais sur tout le week-end, et non sur un seul jour.

Alors, quand M. Bompard reprend avec les Mallié et consorts les promesses de "vraies contreparties sociales" pour les salariées, que par ailleurs M. Macron promet de ne pas rendre obligatoire pour les entreprises de moins de 20 salariés,  nous manquons d’éléments pour pouvoir estimer ce propos sincère.

Etienne NEUVILLE
Secrétaire Général du CAD 

 

Le PDG de Groupe FNAC Alexandre Bompard va écrire au gouvernement pour que les commerces de biens culturels puissent ouvrir tous les dimanches, comme ceux d’ameublement ou de bricolage, annonce-t-il dans un entretien au quotidien Les Echos paru lundi 17 novembre.
M. Bompard dit qu’il va "adresser dans les prochains jours une lettre au gouvernement pour que les magasins qui distribuent des biens culturels disposent d’une dérogation de plein droit".
Notamment parce que ce secteur subit de plein fouet la concurrence du commerce en ligne qui ne connaît pas de pause dominicale, fait-il valoir.
Selon lui, "Amazon réalise 25% de son chiffre d’affaires le dimanche".
Etendre le travail le dimanche
"Je ne vois pas pourquoi le bricolage ou l’ameublement, qui ne subissent qu’à la marge la concurrence du e-commerce (3% à peine pour le bricolage) seraient autorisés à ouvrir le dimanche et pas notre secteur", explique-t-il.
"Ces ouvertures seraient accompagnées de vraies contreparties sociales pour les salariés", assure-t-il.
Bercy prépare un projet de loi étendant le travail du dimanche : passage de 5 ouvertures maximum sur autorisation à 12 ouvertures dominicales possibles (5 libres et 7 sous autorisation), réorganisation des zones touristiques où l’ouverture des commerces est permise tous les dimanches….
Vendredi, plusieurs centaines de salariés du commerce avaient manifesté contre le projet du gouvernement d’assouplir les règles sur le travail dominical.
(Avec AFP)