FashionMag 26/1/15

La part des Français à se rendre dans les commerces le dimanche serait passée de 38 % en 1974 à 21 % en 2010. C’est ce qu’indique une étude Insee alors qu’est étudiée à l’Assemblée nationale le passage à 12 dimanches autorisés par les commerces. En parallèle, une commission d’analyse juge que l’impact du texte sur l’emploi serait minime.
 

 

Or, la création d’emplois est de longue date l’un des principaux arguments des pro-ouvertures dominicales. Une commission d’experts indépendants a été chargée par le gouvernement d’évaluer les effets des principales mesures de la loi Macron. Et ses conclusions ne s’avèrent pas particulièrement concluantes à ce sujet.
 
Au Canada, la dérégulation totale des ouvertures du dimanche a entraîné une hausse limitée à 3,1 % du nombre d’emplois, avec des pics à 12 % dans certaines provinces. L’impact serait bien moindre en France, puisque seuls douze dimanches par an seraient ouverts, contre une ouverture généralisée. Aux Etats-Unis, où la régulation varie selon les Etats, les restrictions coûteraient de 2 à 6 % de l’emploi total dans ce secteur. Aux Pays-Bas, les dérégulations intervenues en 1996 n’auraient dopé la moyenne du travail hebdomadaire des commerces que de 30 minutes.
 
De son côté, l’étude menée en 2014 sur le sujet par l’OCDE montre « une augmentation significative de l’emploi dans les pays qui ont connu un assouplissement de leur législation », selon la commission. « L’étude montre également un effet positif sur le chiffre d’affaires et sur le nombre des entreprises dans une majorité de secteurs. Ce dernier résultat peut suggérer que l’effet sur le petit commerce est limité, mais on ne dispose pas d’éléments permettant d’évaluer spécifiquement les conséquences de l’ouverture le dimanche sur le commerce de centre-ville. »
 

Difficile, donc, de définir l’impact qu’aura le passage à 12 dimanches ouverts autorisés. En attendant, une étude Insee montre qu’avant même le vote de la loi Macron, l’attrait pour les dimanches reste mesuré. Elle montre ainsi que les Français dédient en moyenne 62 minutes aux achats entrepris le dimanche, pour ceux qui les pratiquent. Le pic de fréquentation des commerces interviendrait à 10h40. « En revanche, le nombre plus important de magasins ouverts a accru les possibilités de faire des courses le dimanche après-midi », indique l’institut. 


Mairie de Paris, 8/1/2015

Découvrez le rapport sur "Le travail dominical et nocturne à Paris – états des lieux et perspectives", rendu par la mission d’information et d’évaluation (MIE) créée par le Conseil de Paris en juin 2014. 

Créée par le Conseil de Paris lors de sa séance des 16 et 17 juin 2014, la mission d’information et d’évaluation (MIE) sur « Le travail dominical et nocturne à Paris – état des lieux et perspectives » avait été demandée par le groupe socialiste et apparentés en réponse à un souhait exprimé début mai par la maire.

Cette MIE s’est vue assigner pour objectif d’évaluer les dispositifs législatifs en vigueur autorisant le travail dominical et nocturne, mesurer les impacts économiques et sociaux d’une extension éventuelle des dérogations en la matière, et conduire une large consultation auprès des acteurs concernés (organisations professionnelles et consulaires, syndicats de salariés, associations de riverains, de commerçants, de consommateurs, associations familiales, féminines, autorités religieuses, experts, etc.).

La mission a ainsi rencontré 132 personnes et pris en considération la position de 80 organismes émanant des horizons les plus divers pour élaborer ce rapport articulé autour de quatre parties :

 

  • la première partie fixe le cadre juridique du travail dominical et du travail nocturne en mettant en lumière sa complexité et son caractère relativement strict.
  • la deuxième partie présente un état des lieux de la situation parisienne et esquisse quelques perspectives en matière d’évolution sociétale.
  • la troisième partie dresse un bilan des auditions et des entretiens réalisés par la mission qui révèle des positions souvent antagonistes.
  • la quatrième partie formule enfin des préconisations portant sur l’évolution souhaitable de la situation parisienne et du cadre législatif et réglementaire.

 

>> Télécharger le rapport au format pdf  


Rien ne remplace les moments passés ensemble le dimanche, affirme le sociologue Jean-Yves Boulin. Travailler ce jour-là a particulièrement un impact sur les femmes et les familles monoparentales.

Alors que la question de l’assouplissement du travail du dimanche est en discussion au Parlement dans le cadre de l’examen de loi Macron, Jean-Yves Boulin, sociologue chercheur associé à l’Irisso, université Paris-Dauphine, spécialiste de la question du temps de travail, nous explique l’impact de cette mesure sur notre société. 
Notre Temps: Quel est l’impact du travail du dimanche sur la sphère familiale ?

J.Y Boulin: "Le dimanche est un jour avant tout consacré aux activités familiales et amicales, où chacun peut se retrouver. Les personnes qui travaillent ce jour-là ont une perte de sociabilité familiale et amicale très forte. C’est mécanique: ils ne sont pas chez eux et ce moment ne peut pas se rattraper en semaine, même en s’organisant autrement. Les enfants sont à l’école, si vous êtes en couple, l’autre conjoint travaille souvent à son tour. D’après différentes études, les travailleurs du dimanche perdent en moyenne trois heures trente de loisirs en famille. C’est le jour qui impacte le plus la vie familiale et sociale. A la différence du samedi, où chacun fait souvent davantage d’activités de son côté."

Pour l’individu, quelle différence entre travailler le dimanche ou un autre jour de la semaine?

J.Y Boulin: "Dans notre représentation symbolique, les jours de la semaine sont consacrés au travail, le dimanche au repos. Dans toutes les sociétés depuis la plus haute Antiquité, il y a un jour de rupture dans l’organisation de la semaine. Même dans les pays où tous les commerces sont ouverts ce jour-là, par exemple aux Etats-Unis, ce n’est pas un jour comme un autre. La société ralentit son rythme: banques, entreprises et administrations sont fermées. Nous l’observons dans les enquêtes; cela reste une journée particulière, y compris pour les retraités. Le dimanche, le repas est différent, on ne voit pas les mêmes personnes. Ne pas y participer peut engendrer un sentiment d’exclusion. Bien sûr, chacun se réorganise la semaine, mais il y a des impacts sur les conditions de vie."

Quel est le profil du travailleur du dimanche?

"Notre société est déjà très engagée dans le travail du dimanche, cela concerne 8 millions de personnes, soit 30% de la population active, avec une croissance importante ces vingt dernières années. Les femmes et les familles monoparentales sont parmi les plus concernées. Bien souvent, ce sont des personnes qui sont déjà en horaires atypiques dans la semaine, à temps partiel, en horaires décalés ou fragmentés. Pour elles, l’organisation de la vie familiale est déjà compliquée la semaine et se poursuit le dimanche. Imaginons qu’avec la nouvelle loi Macron, les grands magasins, assimilés à des zones touristiques, ouvrent jusqu’à minuit. Comment ces personnes, qui habitent souvent loin de leur lieu de travail, vont-elles rentrer chez elles? Cette loi va imposer à  une catégorie de la population déjà peu favorisée des conditions de travail et de vie plus difficiles.

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L’INSEE confirme l’inutilité globale de l’ouverture des commerces le dimanche. Tout simplement parce que le dimanche, les français préfèrent d’autres horizon que celui, mercantile et frelaté, des galeries commerciales.

Dès lors, le projet Macron apparait comme une verrue taillée sur mesure pour la satisfaction d’intérêts particuliers : certains propriétaires de grands magasins, situés en ZTI, et où le travail pourra être effectif tous les dimanche, vont faire une opération spéculative intéressante. Par ailleurs, les dimanche du maire, passant de 5 à 12, utilisé comme argument d’ajustement pendant la négociation, pourra utilement servir à des cas comme le centre commercial du Millénaire.

Moi Président, disait-il …. 

 
LSA CONSO 22 janvier 2015  par MORGAN LECLERC
Une étude de l’Insee pointe le recul des courses du dimanche dans les habitudes des français. Et ce depuis 1974.
En étudiant la pratique des courses de 1974 à 2010, l’Insee a pointé les évolutions dans les habitudes des Français. Et de manière assez surprenante, la visite des magasins le dimanche a perdu beaucoup de terrain sur le long terme. De quoi remettre en question l’intérêt récent pour l’ouverture dominicale ?
Entre 1974 et 2010, les comportements des Français en matière de courses (le fait d’acheter des biens, en magasins, sur les marchés ou sur Internet selon la terminologie de l’Insee) n’ont cessé d’évoluer. Moins fréquentes, plus longues, plus étalées au cours de la journée, les courses suivent les changements sociétaux.
A l’heure où le sujet du travail dominical revient sur la table, les données de l’Institut national de la statistique permettent de prendre un peu de hauteur… et de constater que le dimanche est en sérieuse perte de vitesse sur le long terme. Le taux de pratique le dimanche, c’est-à-dire le taux de français qui effectuent des courses le dernier jour de la semaine, était de 38% en 1974. En 2010, il n’était plus que de 21%, presque une division par deux. Compte tenu de cette érosion régulière, le dimanche est-il réellement un jour d’avenir pour le commerce ?
Un taux de pratique des courses le dimanche quasiment divisé par deux en 36 ans

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Source Insee
Pour les partisans de l’ouverture dominicale, ce levier reste un moyen de développer ses ventes, ou plus prosaïquement de récupérer des parts de marché à la concurrence, peu de secteurs étant en croissance. Pour ses détracteurs, le jeu n’en vaut pas la chandelle. A quoi bon mobiliser les salariés et les magasins pour une si faible fréquentation ? Et l’Insee dévoile des chiffres qui vont plutôt dans le sens des opposants.
1,4% DE CONSOMMATEURS EN MAGASIN LE DIMANCHE APRES-MIDI
Le dimanche, la fréquentation culmine à 10h40, avec 5,4% de consommateurs présents… ce qui représente trois points de moins qu’en 1974. Les Français se lèveraient-ils moins tôt, ou la consommation est-elle plus lissée sur la journée ? La question restent entière, l’Insee notant que le nombre plus important de points de vente ouverts "a accru les possibilités de faire ses courses le dimanche après midi, ce qui se concrétise par la présence constante d’environ 1,4% de consommateurs entre 14 et 19 heures".
 
Ce qui reste peu, d’autant que les courses du dimanche « sont toujours les moins longues », même si leur durée s’est accrue pour ceux qui les pratiquent. Autant d’arguments qui pourront servir les deux camps dans la bataille du travail dominical.

Observatoire des inégalités , 23/01


Des millions d’actifs [1] ont le rythme de leur activité professionnelle dicté par une machine, travaillent de nuit ou le week-end, n’ont aucune visibilité sur leurs horaires au-delà de quelques semaines ou doivent en changer d’une semaine à l’autre. Les écarts de rythme de temps imposés s’accroissent entre les précaires du temps et ceux qui en sont leurs maîtres, qui réclament toujours plus de flexibilité pour les autres, au nom de la modernité. Pour justifier leurs privilèges, ces maîtres du temps se disent accablés de travail. Mais quel travail ?
Les cadres font plus d’heures

 

23 janvier 2015 – Travail à la chaîne, le dimanche, la nuit, en horaires décalés… Les inégalités dans l’usage et le contrôle du temps façonnent nos modes de vie. Les plus favorisés réclament toujours plus de flexibilité pour les autres, au nom de la modernité. Par Louis Maurin, directeur de l’observatoire des inégalités.

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Démocratie et socialisme 20/01/2015

N’y a–t-il pas désordre dans les lois actuelles sur le repos dominical ?

Les décisions de justice sur le travail du dimanche, c’est vrai, sont contradictoires : les juges ont des opinions personnelles différentes sur l’ouverture du dimanche, et le laissent transparaître dans leurs décisions. Cela est rendu possible parce que le principe du repos dominical existe toujours, mais il y a trop de dérogations disparates et injustifiées depuis la loi Maillé- Sarkozy. On en arrive à ce que des juges condamnent les infractions à l’ouverture du dimanche, mais avec des astreintes insuffisamment dissuasives. D’autres donnent raison à un patron qui porte plainte contre les autres, et d’autres encore annulent ce jugement… Avant la loi quinquennale de décembre 1993-janvier 1994 il n’y avait que 3 dimanches d’ouvertures autorisés. Cette loi Giraud avait envisagé 12, puis 8, puis 7, puis 5 au lieu de 3. C’est donc un débat hasardeux et artificiel. Rappelons que c’était avant « la crise » : cela n’est donc absolument pas nourri par l’actualité économique ou sociale. La loi Maillé, c’était pareil : il s’agissait en 2008 de déréguler pour déréguler afin de plaire au Medef, qui vise à casser « la semaine de 35 h » et de façon plus générale le « temps légal de travail ». Pareil pour le travail de nuit dans le commerce, qui n’a aucun intérêt économique, sauf de contribuer à « casser » les références journalières de limitation du temps de travail. Pour « simplifier » il faut rétablir le principe « interdiction du travail dominical » sauf dérogations nécessaires et motivées, contrôlées.

Quelle est actuellement la réalité du travail le dimanche ?

Sur 700 000 commerces, 22 000 sont ouverts légalement avec des dérogations préfectorales et municipales (zones touristiques, périmètres d’usage commercial exceptionnel…). De plus, il y en a quelques milliers ouverts illégalement. L’enjeu du «  oui  » ou «  non  » au travail du dimanche dans tout le secteur du commerce concerne 4 millions de salariés concernés avec emplois induits. C’est énorme pour la vie de ces 4 millions de personnes.

5 % des salariés travaillent le dimanche de façon régulière (hôpitaux, feux continus, transports, loisirs, là où c’est indispensable…) et 25 % occasionnellement. On dit que plus de 75 % des «  sondés  » seraient favorables à l’ouverture le dimanche, mais 85 % des «  sondés  » disent aussi qu’eux-mêmes ne veulent pas travailler ce jour-là… Les salariés de Leroy Merlin et Castorama ont été totalement organisés par leurs patrons  : séances de formation avec des communicants sur leur temps de travail, déplacements payés, jours payés, transports et repas payés, T-shirts, banderoles, tracts payés. Ils habillent cela du mot «  volontariat  », mais le volontariat n’existe pas en droit du travail. Ce qui caractérise un contrat de travail est un «  lien de subordination juridique permanent ». Aucun salarié de ce pays ne travaille le dimanche par « volontariat  », mais parce que le patron le veut. En fait, mettre en avant des salariés qui «  veulent  » travailler le dimanche, c’est une manipulation complète.

Patrons et ministres invoquent relance de la consommation. Alibi ou réalité ?

C’est hors sujet. Ce qui sera acheté le dimanche ne le sera pas le samedi ou le lundi. Les porte-monnaies ne sont pas extensibles en ces temps d’austérité. Les magasins ouverts en fraude claironnent des chiffres d’affaires mirobolants majorés de 20 %… mais justement c’est parce qu’ils fraudent, violent la «  concurrence  » et se font de la «  pub  » en plus. Banalisé, le travail du dimanche sera vite démonétisé, avec des magasins vides ; ça coûtera plus cher et n’aura plus qu’un effet négatif pour les salariés, sans même une contrepartie financière.

 

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Une étude de la DARES montre que les salariés français sont les plus touchés d’Europe par les risques psychosociaux (intensité du travail, temps de travail, exigences émotionnelles, autonomie, etc).

Et M. Macron, dans ce contexte, veut en plus les faire travailler le dimanche ? 

WK-CE 12/1/15

Les salariés français font partie des salariés européens les plus exposés aux risques psychosociaux selon une étude de la Dares publiée le 22 décembre 2014. Ils arrivent notamment en tête des salariés déclarant avoir subi un harcèlement moral.
 
Dans une étude publiée le 22 décembre, la Dares dresse un état des lieux des risques psychosociaux (RPS) encourus par les salariés français, par rapport aux salariés des autres États membres de l’Union européenne (UE). Les RPS analysés sont l’intensité du travail et le temps de travail, les exigences émotionnelles, l’autonomie, les rapports sociaux et relations de travail, les conflits de valeurs, l’insécurité de la situation de travail. La Dares tire de cette comparaison un constat édifiant: « la France est le seul pays dont le niveau d’exposition est supérieur ou égal à la moyenne européenne pour chacune des six dimensions ». Seule l’intensité du travail se situe dans la moyenne européenne. Pour le reste, les salariés français ont davantage de difficultés à concilier leurs temps de vie, subissent en moyenne plus d’exigences émotionnelles, déclarent manquer plus souvent d’autonomie et de soutien social et vivre des conflits de valeurs. L’insécurité de leur situation de travail est aussi jugée moins bonne en raison du fort sentiment de non­soutenabilité du travail.
 
Des horaires de travail plus difficiles à concilier avec la vie personnelle
Si les salariés français sont moins touchés par les longues durées de travail hebdomadaires (seuls 5,6 % travaillent habituellement plus de 45 heures par semaine contre 11,9 % en moyenne des salariés européens) ou le travail dominical (13,9 % contre 17,5 %), ils expriment, en revanche, davantage de difficultés à concilier leurs temps de vie professionnel et personnel. Ils sont ainsi 21,4 % (contre 17,6 % dans l’UE) à considérer que leurs horaires de travail ne s’accordent pas très bien ou pas bien du tout avec leurs engagements sociaux et familiaux. Ils sont également 45,2 % (contre 37,7 % dans l’UE) à déclarer qu’il est plutôt difficile, voire très difficile, de prendre une heure ou deux sur leur temps de travail pour régler un problème personnel. 

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Si l’Église défend le dimanche, rappelle Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont-Ferrand, ce n’est pas pour des raisons uniquement religieuses, mais aussi sociétales.

Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont-Ferrand, membre du Comité Études et projets

Le ministre de l’économie Emmanuel Macron veut élargir les dérogations à la règle du repos dominical, notamment dans les « zones touristiques à fort potentiel économique ». Comment réagissez-vous ?

 Mgr Hippolyte Simon : Nous nous sommes déjà exprimés à maintes reprises sur ce sujet et notre position reste la même. Si l’Église défend le dimanche comme jour de repos pour tous, c’est bien évidemment d’abord pour des raisons religieuses mais aussi, et par surcroît, pour des raisons sociétales.

Comment vivre en société quand il n’y a plus de rythme commun, de temps de respiration partagés par le plus grand nombre ? Il ne s’agit donc pas seulement de défendre un « droit » des chrétiens à célébrer Dieu, mais de rendre service à toutes les familles. Que devient une famille dans laquelle le père se repose un jour de la semaine, la mère un autre, et les enfants un troisième ?

Si chacun vit à son rythme, l’individualisme en sera accentué, avec pour conséquence d’avantage d’isolement et de souffrances, comme je l’entendais dire lors d’un récent colloque coorganisé par le Secours catholique et le conseil général du Puy-de-Dôme, sur la pauvreté en milieu rural. Tous les travailleurs sociaux s’inquiètent du délitement du lien social dans un contexte qui se durcit, et mettent en avant l’importance des facteurs affectifs et spirituels pour lutter notamment contre les suicides des agriculteurs. Ce n’est pas en supprimant les occasions de se retrouver le dimanche que cela va s’arranger.

Mais bien des églises en monde rural ne sont plus desservies ?

 Mgr Hippolyte Simon : Dans le diocèse de Clermont-Ferrand, nous relançons au contraire autour de chaque clocher des petites communautés ecclésiales pour retisser du lien social, en mettant l’accent sur la qualité des eucharisties dominicales. Nous savons qu’en milieu rural, la messe – souvent suivie d’un temps au bistrot – reste un temps privilégié de rencontre et de solidarité.

Comment expliquez-vous que les syndicats se retrouvent sur la même ligne que l’Église dans ce débat ?

 Mgr Hippolyte Simon : Cela n’a rien d’étonnant ! Dès lors que l’on réfléchit et que l’on recherche le bien commun, il y a une évidente sagesse qui s’impose. Et le bien commun n’est pas la somme des intérêts particuliers. Nous avons tous besoin de nous retrouver pour des moments communs de réflexion, de détente, de partage. Cette question du repos dominical est un dossier important, qu’il ne faut pas regarder dans la seule perspective économique, chacun dans sa catégorie de salarié, de consommateur ou de touriste…

Selon cette nouvelle loi, les salariés des commerces concernés devront être volontaires. Que craignez-vous ?

 Mgr Hippolyte Simon : Il ne s’agit pas de dire que personne ne doit travailler le dimanche. Et j’entends bien l’argument de la vendeuse qui est payée le double alors que son temps de travail n’est pas plus long le dimanche. Certes, si l’on propose à un salarié qui gagne le smic de gagner 200 € de plus en travaillant deux dimanches par mois, cela l’intéressera, mais cette possibilité ne détruira-t-elle pas autre chose d’important pour sa vie ? Bref, la seule justification économique ne suffit pas, car sinon l’alliance du libéralisme et du libertarisme conduit droit dans le mur !

La loi prévoit aussi que les maires aient davantage de liberté pour délivrer des autorisations d’ouverture le dimanche…

 Mgr Hippolyte Simon : Si l’État renonce à son rôle de régulateur du bien commun, cela peut encore aggraver le délitement du lien social…

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L’extension du travail dominical voulue par le gouvernement inquiète pédopsychiatres et sociologues
 

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Quel serait l’impact d’une ouverture douze dimanches par an des commerces sur la vie privée et familiale des salariés concernés ? De façon étonnante, rien ou presque n’a été dit sur ce sujet depuis que le gouvernement a annoncé sa volonté d’étendre le travail dominical dans le cadre de la loi Macron, qui sera discutée à l’Assemblée nationale à partir du 26 janvier 2015. L’essentiel du débat a porté sur l’efficacité économique de la réforme, et sur la place supposée croissante de la consommation dans les loisirs. C’était l’un des principaux griefs formulés par la maire PS de Lille, Martine Aubry, dans sa tribune parue dans Le Monde du 11 décembre.
 
Quelques voix se sont élevées pour saluer la mesure, comme celle du sociologue Jean Via rd pour qui le travail« arythmique »a du bon pour les individus. Thierry Pech, du cercle de réflexion Terra Nova, et Gilles Finchelstein, de la Fondation Jean-Jaurès, se sont insurgés contre l’idée que la puissance publique« règle pour tous les horloges du travail et du repos ».
 
Ces partisans de la mesure citent un sondage BVA du 4 décembre qui affirme que 62 % des Français sont favorables à l’ouverture des magasins le dimanche … en oubliant, signe de la forte ambivalence de la population, que 60 % ne sont, dans le même temps, pas d’accord pour travailler eux-mêmes ce jour-là.
 
« Fléau relationnel »
Or, s’ils ne se sont guère fait entendre jusqu’à présent, les spécialistes de la famille interrogés par Le Monde s’inquiètent presque unanimement de la mesure." Tout ce qui désynchronise les temps est destructeur de la famille, affirme ainsi le sociologue François de Singly. Dans la semaine, les gens ne sont pas très disponibles le soir en rentrant du travail.Le samedi, chacun part pour ses activités, c’est une journée de transition. C’est le dimanche qu’ils font une pause. Ce jourlà, les parents sont cool, comme disent les adolescents. C’est grâce à cela que tiennent les bonnes relations familiales. "
 
" Les enfants ont besoin d’un temps où leurs deux parents sont présents, dans un état d’apaisement, renchérit la psychanalyste Sylviane Giampino, spécialiste de la petite enfance. Quand on sait que personne ne travaille ni ne va à l’école le lendemain, la détente s’installe. De plus en plus, les parents se relaient auprès des enfants. Cette perte de cohésion est un fléau relationnel, donc psychologique pour le développement de l’enfant. "
 
Pierre Suesser, président du Syndicat national des médecins de protection maternelle et infantile, observe égaIement un «stress croissant pour concilier vie professionnelle et vie familiale ».« L’imbrication croissante des sphères a un effet néfaste sur la tranquillité d’esprit des parents et leur disponibilité », observe- t – il.
 
Le constat est partagé : peu importe que ce temps de repos à plusieurs ait lieu le dimanche, aujourd’hui largement désacralisé, ou un autre jour. " L’important, c’est de garder une pause commune, argumente M. de Singly. La difficulté à préserver ce temps où l’on se retrouve, c’est la fragilité de la famille d’aujourd’hui. Si on supprime progressivement les occasions, il sera très difficile de les recréer. "
 
Le dimanche ne serait donc pas seulement – un jour de vie en collectivité forcée, voire d’ennui ?" Quand on est célibataire ou étudiant, on peut être content de travailler le dimanche pour gagner davantage ou payer ses études, relève le psychiatre Serge Hefez, responsable de l’unité de thérapie familiale à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris. Il me semble pourtant que cela doit être réduit au minimum. Pour un enfant ou un adolescent, sentir le groupe autour de soi est fondamental. Le dimanche est le seul moment où il est possible de mettre en place la cellule familiale, d’avoir des interactions et une transmission émotionnelle. " Cela ne concerne pas seulement les parents et les enfants, mais aussi les grandsparents, oncles et tantes, cousins et cousines, etc.
 
De telles préventions sont-elles disproportionnées, quand on parle de douze dimanches par an, compensés financièrement, et sur la base du volontariat ?" Si le travail du dimanche permet de desserrer l’étau des difficultés financières, ce n’est pas forcément un mal, reconnaît la psychanalyste Claude Halmos, qui a publié en septembre un ouvrage consacré aux effets psychologiques de la crise, Est-ce ainsi que les hommes vivent ? (Fayard, 286 p., 18,50 euros). Mais il serait souhaitable de ne pas être obligé de travailler le dimanche pour cela. On sous-estime les conséquences individuelles de telles mesures. Et rien ne dit que, dans cinq ans, le travail du dimanche restera un choix. "
 
Celui-ci n’a en effet cessé de progresser depuis une vingtaine d’années. " Le travail dominical touche principalement certains groupes sociaux, analyse Laurent Lesnard, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de l’emploi du temps dans les sociétés contemporaines, qui a étudié cette question en détail à partir des données de l’enquête « Emploi du temps » réalisée par l’Insee en 2009-2010. Aux côtés des professions chargées de missions de service public se trouvent des ouvriers et des employés du commerce et des services. Dans ces deux cas, ce sont principalement des salariés faiblement qualifiés du bas de l’espace économique.
 
« Perte de sociabilité »
Ces salariés ont plus souvent que d’autres des horaires atypiques en semaine." C’est la double peine, affirme le chercheur. Ils voient déjà beaucoup moins leur famille et leurs amis la semaine et travaillent le dimanche. " L’impact sur la vie privée de tels horaires a été quantifié. « Des études menées aux Etats-Unis et aux Pays-Bas ont montré que, sur le long terme, ils augmentent le risque de conflits familiaux et de divorce », relève M. Lesnard.
 
La récupération des dimanches travaillés compensera les heures, mais pas la sociabilité perdue. " Un dimanche travaillé n’a pas le même impact qu’un jour de semaine, affirme M. Date d
e parution: 24.12.2014 Lesnard. Il multiplie par deux la perte de sociabilité familiale et amicale. "
 
Les parents séparés et les familles monoparentales focalisent les inquiétudes, car ils auront des difficultés d’organisation accrues et devront faire appel au système D pour faire garder leurs enfants. Rares sont les experts qui trouvent des effets positifs à la réforme. « Le fait pour les parents de se relayer auprès des enfants peut permettre de passer des moments seul à seul qui sont appréciés », relève la pédopsychiatre Caroline Eliacheff. Pour le psychologue scolaire Laurent Chazelas, cela pourrait en effet être un« bénéfice secondaire » … à condition qu’il ne concerne pas toujours le même parent, au détriment de l’autre.
 
Gaëlle Dupont

Nous laissons à Jean Viard, publié par le JDD (journal qui avait publié un sondage bidonné devenu célèbre sur le travail du dimanche) l’entière responsabilité de ses propos, pour le moins discutables ! 

Le JDD, 20/12/2014

INTERVIEW – Le sociologue Jean Viard, proche du Parti socialiste marseillais, est spécialiste des temps sociaux. S’il défend le dimanche comme "repère" de notre société, il est favorable à la réforme voulue par le gouvernement mais porte un regard sévère sur le débat politique.



Jean Viard "plaide pour qu’on regarde la réalité de la société et ses évolutions". (Maxppp)

Comment évaluez-vous la portée de la réforme étendant l’ouverture des commerces de 5 à 12 dimanches par an?
Elle n’est pas considérable. Le dimanche est un enjeu symbolique depuis extrêmement longtemps. Les responsables politiques eux-mêmes se situent sur ce terrain. Anne Hidalgo, par exemple, twitte que le dimanche "on peut se promener entre amis au canal Saint-Martin". Mais elle oublie qu’à Paris, 50% des habitants vivent seuls. Que font-ils, eux, de leur dimanche? Que monsieur et madame "deux enfants" roulant en Scénic aient un projet structuré pour leur dimanche en famille, cela s’entend. Mais les autres? Il faut penser en termes d’arythmie, c’est-à-dire en prenant en compte les irrégularités qui existent déjà dans le salariat et les emplois du temps.

Mais on touche à notre représentation collective du dimanche. Pourquoi devrait-elle évoluer?
Il ne faut jamais oublier qu’il y a eu 120 ans de lutte sociale, de 1789 à 1906, pour que le dimanche soit férié. Dans la mémoire ouvrière, populaire, cela a été une immense bataille. Y toucher aujourd’hui donnerait donc une impression de reculer. Mais il faut mieux expliquer le sens de cette réforme. Je suis d’accord avec la ligne du gouvernement mais il n’est pas assez dit que le repère du dimanche n’est pas remis en cause. Il n’y a pas de débat sur la généralisation du travail le dimanche, il y a une demande d’ouverture des commerces, en particulier en Ile-de-France. Cette région a une particularité : la jeunesse des banlieues utilise les grands magasins comme espace de divertissement le dimanche. Le grand magasin est un lieu de sortie et pas forcément un lieu de shopping. L’enjeu est de savoir comment on enrichit les pratiques de la jeunesse dans ces lieux de consommation.

«Moins d’un salarié sur deux travaille encore de 8h à 18h. Le modèle qu’on a en tête n’existe plus!»

Vous défendez une vision progressiste du travail dominical…
Incontestablement. Je pense qu’il faut augmenter la liberté des acteurs, qui ne sont pas tous en couple et en Scénic. Le progrès social avant, c’était d’augmenter la liberté des classes sociales, ce qui passait par le repos. Aujourd’hui, c’est d’augmenter la liberté des individus. Je suis tout à fait pour le dimanche férié. Cette journée doit rester différente des autres. Mais je plaide pour qu’on regarde la réalité de la société et ses évolutions : moins d’un salarié sur deux travaille encore de 8h à 18h. Le modèle qu’on a en tête n’existe plus! Doivent travailler le dimanche des gens dans cette position d’arythmie. Aux étudiants, leur permettre de travailler en dehors de leurs études. Aux salariés, les laisser travailler un week-end par mois. On peut aussi penser à l’inverse : pourquoi un retraité ne garderait pas un week-end de travail par mois? Des travaux, notamment ceux réalisés par le sociologue Francis Godard, montrent que les gens travaillant un week-end sur quatre ont un taux de satisfaction supérieur aux autres! De même, travailler un peu améliore les résultats des études, en France comme ailleurs dans le monde. Si un étudiant travaille un jour ou deux par semaine, il a de meilleurs résultats à l’université que celui qui ne travaille jamais. Tout comme il a de meilleurs résultats que celui qui travaille trop. L’évolution du modèle familial permet ces changements, de même que le rallongement de la vie. Nous signons notre premier CDI à 27 ans, nous avons notre premier enfant à 28 ans. Nous sommes aujourd’hui adultes à cet âge. Ce qui se passe entre 16 ans et 27 ans, c’est dix ans d’instabilité : on a des conquêtes, on galère, on est au chômage… Il y a une longue période d’apprentissage. Là encore, enrichissons cette période!

Cette réforme est-elle conduite par la logique du consumérisme, comme le disent ses détracteurs?
L’argument est débile. Nous sommes dans une société marchande. Ce qui est justement nouveau ces dernières années, c’est le développement de la société collaborative à l’intérieur de cette société marchande. L’économie partagée est en train de bouleverser le tissu
économique. Mais prenons la question du tourisme : en France, il y a 200 millions de voyageurs français et 85 millions de visiteurs étrangers. Les questions à se poser doivent être : pourquoi un touriste consomme moins en France qu’en Espagne ou aux États-Unis? Comment mieux profiter de la manne touristique? C’est de l’argent non consommé, de la ressource disponible. Si l’on tente de résoudre cela, on créé des milliers d’emplois. Le travail le dimanche est l’un des instruments pour y arriver, même s’il n’est sans doute pas le seul. Pourquoi Eurodisney est ouvert tous les jours et pas le Louvre? Parce qu’il y a l’idée dans nos esprits que le rythme continu correspond à certains services. Cela fait 20 ans que je me bats pour l’ouverture du Louvre tous les jours. Un jour supplémentaire, c’est un million d’entrées de plus.

«Que savent les politiques de la façon dont doivent fonctionner les entreprises?»

Et ceux qui craignent une étape avant une libéralisation totale du travail dominical?
Il ne faut pas toucher aux totems sociaux. Notre société a besoin de repères, un peu comme elle a toujours besoin de poste-frontières entre la France et la Belgique alors même qu’il n’y a plus de douaniers. Gardons le totem social mais comprenons la demande de liberté des individus. Je suis convaincu que la société est prête à accepter ce changement plus facilement que la classe politique. Le problème est que les Français sont aujourd’hui plutôt favorables au travail le dimanche tant que ça ne les concerne pas! Pour l’instant, ils ont plutôt le sentiment qu’on augmente leur liberté de consommateur mais qu’on réduit leur liberté de salarié.

Ce débat politique est-il trop passionné? 
Les politiques n’ont pas de représentation du changement de la société. Ils sont dans un désarroi total et c’est en bonne partie la faute aux intellectuels qui ne leur a pas donné la matière, la réflexion, le texte. Qui est l’intellectuel autour de François Hollande? Et celui autour de Nicolas Sarkozy? Le pouvoir, sans le savoir, est vide. Nous avons une grande crise de la représentation du monde parce que celui-ci change extrêmement vite. La plupart de nos parlementaires connaissent très peu le monde de l’entreprise. Nous avons à droite des avocats et des médecins, à gauche essentiellement des fonctionnaires qui n’ont jamais créé un emploi. Que savent-ils de la façon dont doivent fonctionner les entreprises? Il est par ailleurs frappant de voir que les élus en pointe contre le travail le dimanche viennent des régions ou des grandes familles catholiques, comme Martine Aubry. Mais le dimanche n’est pas la journée des catholiques. C’est le jour des conquêtes sociales, du repos hebdomadaire, c’est la loi de 1906 faite par les francs-maçons. Décatholicisons notre société. Le dimanche est un jour laïc.