DEBAT : faut-il autoriser le travail dominical dans tout Paris ?

Les Galeries Lafayette sont pointées du doigt sur le travail du dimanche. Un syndicat les accuse d’embaucher des intérimaires à la place des démonstrateurs non couverts par un accord concernant le travail dominical LP/Ch.R.

Les avis divergent. Karl Ghazi, le porte-parole de la CGT Commerce Paris est contre, tandis que le conseiller de Paris de la droite constructive Jérôme Dubus est pour.

L’annulation de la création de la zone touristique internationale Olympiades dans le XIIIepar le tribunal administratif de Paris relance le dossier du travail dominical.

Le sujet, qui divise les élus parisiens depuis de nombreuses années, va s’inviter à nouveau au prochain Conseil de Paris (20, 21 et 22 mars).

Les adeptes du libéralisme – avec en tête les élus de droite — veulent aller plus loin en étendant le périmètre des ZTI à tout le territoire parisien. Cette proposition a été relayée par le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

Dans le camp des anti, au premier rang desquels les communistes et les écologistes, on s’agace de la volte-face d’Anne Hidalgo. Après s’être opposée à Emmanuel Macron sur le travail dominical quand il était ministre de l’Economie, voilà que la maire de Paris demande à l’Etat de classer des Olympiades en zone commerciale pour sanctuariser l’ouverture dominicale dans ce quartier. Un « revirement curieux mais salutaire » pour les centristes, qui fait tanguer encore un peu plus la majorité municipale.

POUR : JEROME DUBUS, CONSEILLER DE PARIS (PARISIENS, PROGRESSISTES, CONSTRUCTIFS ET INDEPENDANTS)

Ardent défenseur du libéralisme économique, Jérôme Dubus, conseiller de Paris (Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants) est favorable à la généralisation des Zones touristiques internationales (ZTI) à l’ensemble du territoire parisien.

L’élu (ex-LR, pro-Macron) défendra cette proposition lors du prochain Conseil de Paris, les 20, 21 et 22 mars prochains.

« Paris est la première destination touristique du monde. Pourquoi notre ville se contenterait-elle de quelques zones où les commerces sont autorisés à ouvrir le dimanche quand, à Londres ou dans d’autres métropoles européennes, les boutiques sont massivement ouvertes ? », s’interroge l’élu du XVIIe. « Les touristes ne se concentrent pas seulement dans le quartier des grands magasins ou dans le Marais. Ils se déplacent. Et il n’y a pas de raison que des commerces en limite de ZTI ne puissent pas profiter eux aussi de l’effet d’aubaine », insiste l’ancien délégué général du Medef Ile-de-France.

Jérôme Dubus pointe du doigt sur les résultats plutôt positifs de la loi Macron. « Les Galeries Lafayette ont créé 1 000 nouveaux emplois et vu leur chiffre d’affaires augmenter de 10 % depuis leur ouverture le dimanche. Les perspectives sur tout Paris sont très encourageantes : 15 000 emplois pourraient être créés selon la Chambre de commerce et d’industrie de Paris », souligne l’élu de droite. « La généralisation du travail le dimanche permettrait aussi de mieux faire face à la concurrence d’Amazone et du e-commerce », insiste-t-il.

« Les ZTI ont été découpées de manière aléatoire, excluant certaines boutiques de la zone. Etendre le périmètre des ZTI à tout Paris serait une mesure de justice. Moins présents dans les zones touristiques internationales que les grandes enseignes, les petits commerces seraient les premiers bénéficiaires », argumente l’élu du XVIIe.

Pour le conseiller de Paris, la généralisation du travail dominical serait « une liberté supplémentaire offerte aux commerçants qui pourraient faire travailler des salariés le dimanche sur la base du volontariat et moyennant des contreparties financières et un repos compensateur. Ce serait aussi le moyen d’éviter les recours multiples qui fragilisent le dispositif actuel ». Jérôme Dubus espère bien convaincre Anne Hidalgo d’ouvrir des discussions avec le gouvernement sur le sujet.

CONTRE : KARL GHAZI, PORTE-PAROLE DE LA CGT-COMMERCE PARIS

Karl Ghazi, porte-parole de la CGT- Commerce Paris, est farouchement hostile à la généralisation de l’ouverture dominicale des commerces dans tout Paris.

« La création des zones touristiques internationales favorise des phénomènes pervers », dénonce le leader de l’intersyndicale Clic P, à l’origine de la bataille juridique contre les douze ZTI de la capitale. « Les boutiques situées en lisière réclament des dérogations pour faire face à la concurrence des commerces ouverts le dimanche. Dans les ZTI, c’est les prix des baux commerciaux qui bondissent. Seules les grandes enseignes internationales ont les moyens de s’offrir une vitrine – parfois non rentable – dans ces zones. Les petits commerces, eux, sont contraints de migrer vers les secteurs périphériques, au risque de perdre leur clientèle », détaille Karl Ghazi.

Le syndicaliste ne croit pas non plus que les ZTI favorisent les gains économiques, contrairement à ce que défendent les partisans du travail dominical. « Les Galeries Lafayette annoncent une augmentation de 10 % de leur chiffre d’affaires. Mais c’est globalement qu’il faudrait apprécier s’il y a eu une hausse de l’activité et de l’emploi. Or à ce jour, on ne dispose d’aucune étude. Ce ne sont que des affirmations médiatiques », souligne le syndicaliste.

L’opposant au travail dominical prédit que les ZTI vont signer l’arrêt de mort du commerce indépendant. « Les petits commerces n’auront pas les moyens d’ouvrir 7 jours sur 7 ni de supporter les contreparties financières liées à l’ouverture dominicale. Ils sont condamnés à disparaître à terme et le travail le dimanche sera bientôt la norme, tout comme le travail de nuit autorisé jusqu’à minuit dans les ZTI. On sait que les horaires décalés ont un impact sur la santé et rendent difficilement conciliables vie professionnelle et familiale », martèle Karl Ghazi.

« Quand on rentre dans une logique d’exception, avec la création de ZTI, on s’oriente vers une généralisation dont les principales victimes sont les salariés qui finiront par perdre les contreparties financières du travail dominical, ainsi que les petits commerçants qui ne pourront pas survivre face à la concurrence effrénée des grandes enseignes. »

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