Paris : coup de frein à l’ouverture du dimanche

Le tribunal administratif de Paris a annulé mardi la création de la zone touristique internationale « Olympiades » (XIIIe), dont bénéficiait notamment le centre commercial Italie 2.

Pour ou contre le travail le dimanche ? Ce débat – une passion française – resurgit depuis que le tribunal administratif de Paris a décidé, mardi 13 février, d’annuler l’arrêté créant la zone touristique internationale (ZTI) « Olympiades » (XIIIe).

Depuis la naissance de ces ZTI en 2015, en application de la loi dite Macron, douze secteurs ont pu bénéficier de cette dénomination à Paris (et un en Seine-et-Marne, le Val-d’Europe). Elle permet aux commerces d’ouvrir le soir jusqu’à minuit et tous les dimanches de l’année. Parmi eux, on trouve les Champs-Elysées, les Halles, Haussmann, Le Marais, Montmartre… Et Olympiades.

Mais pour le tribunal administratif, rien ne prouve que cette zone « connaît une affluence exceptionnelle de touristes résidant hors de France justifiant son classement en ZTI ». Dans les allées du centre commercial Italie 2, les clients sont mitigés. « C’est vrai qu’il n’y a pas de touristes, mais c’est un lieu de vie donc ça doit ouvrir tout le temps », estime Jean-Philippe. Laurence, qui habite le quartier depuis vingt ans, n’a jamais mis les pieds à Italie 2 un dimanche. « Ça n’ouvre qu’à 11 heures, c’est déjà trop tard ».

Les organisations syndicales du Clic-P (comité de liaison intersyndical du commerce de Paris), qui avaient saisi le tribunal, se réjouissent de cette « victoire d’étape », premier accroc à la loi Macron.

« C’est une décision minime. C’était tellement grossier. La zone inclut la rue du Javelot, une dalle de béton absolument pas touristique », lâche Karl Ghazi, secrétaire de la CGT commerce de Paris. « L’esplanade des Olympiades, ce n’est pas Versailles ! », plaisante aussi Eric Scherrer, du syndicat SECI-Unsa.

Ironie du sort : le jugement tombe quelques jours avant les festivités du Nouvel an chinois, événement qui attire entre 200 000 et 300 000 personnes dans l’arrondissement. « Nous sommes abasourdis par cette décision de justice, avoue Jérôme Coumet, maire (PS) du XIIIe. Entre l’ouverture de la salle de spectacles 13e Art et le quartier chinois, le secteur est attrayant. 800 salariés travaillent le dimanche rien qu’à Italie Deux ».

Dans une boutique de prêt-à-porter, une vendeuse confirme : « On a une petite CDD les dimanches. Mais c’est vrai que l’activité est quand même un peu molle… ». Plus loin, Martine, une gérante, ne comprend pas cette « marche arrière ». Comme elle, plus de la moitié des enseignes ont choisi d’ouvrir le dernier jour de la semaine. Pour les autres, ce n’est tout simplement pas rentable. « Le centre veut à tout prix qu’on ouvre, mais on n’a jamais cédé », confie une responsable de bijouterie.

D’ici quatre mois, Italie 2 et tous les commerces du quartier chinois (un carré délimité par les stations Tolbiac, Olympiades, Maison Blanche et porte d’Ivry) ne seront plus en ZTI. Toutefois, cela ne devrait pas changer grand-chose pour les boutiques existantes. Le juge prévoit en effet que, s’il n’y a pas de recours effectué, l’annulation n’aura pas d’effet rétroactif. En clair : les magasins qui ouvraient déjà le dimanche pourront le rester…Seuls ceux qui n’ouvraient pas, mais envisageaient de le faire, n’auront plus le droit d’ouvrir.

Au prochain Conseil de Paris, le groupe PPCI (macronistes de droite) déposera un vœu pour que l’ensemble de la capitale soit classé en zone touristique internationale, « ce qui résoudra le problème actuel », avance l’élu Jérôme Dubus. Ce qui, en tout cas, ne clora pas le débat sur le travail dominical.

 

9 autres recours pour les ZTI parisiennesEn parallèle de l’annulation de la ZTI Olympiades, le tribunal administratif de Paris a validé les zones d’Haussmann et Beaugrenelle. Pour cette dernière, les organisations syndicales comptent faire appel. « On ne va pas s’arrêter là. Le centre commercial Beaugrenelle profite de la tour Eiffel pour faire partie de la zone, alors qu’il n’est pas touristique », explique Laurent Degousée, co-délégué de SUD Commerce.

Le comité de liaison intersyndical du commerce de Paris a aussi déposé un recours pour les neuf autres ZTI de la capitale, qu’il surnomme les « ZTI Fnac ». « Nos organisations restent attachées à la lutte contre l’extension du travail dominical et des grandes surfaces au détriment des petits commerces » justifie-il.

Selon le cabinet d’audit Baker Tilly France, les ZTI ont un impact mercantile positif. Il y a un an, 28,2 % des commerces situés en ZTI ouvraient le dimanche, soit 62 % de plus qu’avant la loi (promulguée en septembre 2015). « Bercy estime devoir attendre un nouveau bilan, à 3 ans en septembre 2018, avant d’envisager d’ouvrir de nouvelles ZTI », conclut le cabinet d’audit.
Source leparisien.fr Anissa Hammadi 17 février 2018, 18h53 | MAJ : 18 février 2018, 0h42

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