Loi Macron : un train peut en cacher un autre

Mediapart, 19 DÉCEMBRE 2014 |  PAR ETIENNE.ADAM@ANPAG.ORG

A côté des barrières des passages à niveau il y avait autrefois un panneau invitant à ne pas se contenter d’un coup d’oeil superficiel et unilatéral avant de s’engager sur les rails.

Aujourd’hui la loi Macron apparaît comme une loi « fourre tout » avec tout ce que ce terme contient de péjoratif : ce serait une loi sans cohérence juxtaposant des mesures sans lien les unes avec les autres. Et chacun, devant les difficultés de se prononcer sur toute la loi, de mettre l’accent sur tel ou tel disposition qui le concerne. Ainsi nous risquons de ne pas mener la bataille aussi radicalement qu’il le faudrait face à une loi régressive (de remise en cause du droit du travail) et antidémocratique . 

Le dimanche l’arbre qui cache la forêt

Un certains nombre de forces sociales et politiques ont fait de l’extension des ouverture du dimanche la dimension antisociale de cette loi « pour la croissance et l’activité ». Ce ne sont pas les mesures dérogatoires sur le travail du dimanche qui constituent en elles mêmes un élément de déconstrution du code du travail : nous risquons de sortir du débat parlementaire avec un compromis qui se situera à mis chemin entre les 5 et les 12 dimanches, avec des réglementations opaques sur les zones touristiques. Nous devons nous préparer à cette issue qui ne sera pas une victoire pour les salariés et le mouvement syndical et qui n’aura pas fait progresser le débat sur le fond du problème : la défense des droits, des conditions de travail des salariés restera pour une très grande majorité un obstacle à la croissance et à l’activité. Nous devrions faire savoir que nous ne sommes pas contre l’extension des possibilités d’ouverture des magasins le dimanche (par que c’est bien de cela dont il s’agit et non du travail du dimanche accepté au nom de la sécurité des personnes dans les établissement de santé par exemple). Nous sommes contre admettre le travail du dimanche pour des activités sociales qui ne sont pas socialement nécessaires.

Quand on examine les arguments des directeurs de Terra Nova et de la Fondation Jean Jaurès (qui contribue ainsi à assassiner une seconde fois ce dernier), ce qui saute aux yeux c’est le contenu libéral le plus traditionnel de leur argumentation sous un habillage moderne : il ne s’agirait que de s’adapter à la modernité : la société, la conception des temps sociaux ont changé, les horaires atypiques se multiplient nous disent ils. Mais ils nes’interrogent pas sur qui décide ces profondes transformations dans l’organisation du travail et ses effets sur la société. Nos zélateurs de la loi Macron osent écrire « Près d’un tiers des salariés français travaillent déjà, habituellement ou occasionnellement, le dimanche.( en passant nos idéologues oublient que seuls 13% des salariés travaillent habituellement le dimanche) Faudrait-il, au nom de notre vision de la civilisation, leur demander d’arrêter ou les en blâmer ? » comme si le travail du dimanche (mais aussi en horaires décalés, en sous en emploi en précarité …) était principalement un choix des salariés et une liberté des salariés à défendre.

Cette vision qui se prétend « de gauche » masque un glissement important sur le droit du travail : en refusant une soi-disant imposition d’une vision de la civilisation, on revient sur la nature même du droit du travail : la protection de salariés qui sont en situation défavorable face aux employeurs pour négocier les conditions de travail puisque le propriétaire des moyens de production à le droit sans partage d’organiser le travail. C’est aussi là dessus que nous devons faire porter la bataille politique contre la prétention des patrons d’imposer n’importe quoi au nom de la recherche du profit. La réappropriation collective du temps de travail et de l’organisation même du travail sont des exigences à mettre en avant dans ce débat. Ne pas perdre sa vie à la gagner n’est pas de mauvais goût dans une époque de chômage massif : le sous emploi, l’acceptation sociale de n’importe quel emploi sont bien le meilleur moyen d’encourager la gestion de la main d’oeuvre par le chômage et la précarité.

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