Travail du dimanche : Jean-Claude Bourrelier de remords ?

Devenu le symbole de la bataille de l’ouverture des magasins le dimanche, le patron de Bricorama se rend compte que cela ne lui amène, en fait, guère de clients

 
«L’analyse des chiffres montre qu’au cumul depuis le début de l’année, nous n’avons reçu que le même nombre de clients qu’en 2013 alors que nous avons le bénéfice de l’ouverture du dimanche.» Qui parle ? Un syndicaliste de chez Bricorama, opposé au travail du dimanche et qui trouverait là un argument en or pour exiger du PDG la fermeture, le septième jour, des 92 magasins en France ? Non. Le PDG lui-même, Jean-Claude Bourrelier. Il s’est exprimé en ces termes dans le numéro d’août d’une lettre d’information destinée aux 2600 salariés, qui l’ont entre-temps transmise à l’AFP.

A un moment où le gouvernement envisage de légiférer par ordonnance sur le sujet, probablement début octobre, c’est très surprenant. Surtout de la part du turbulent self-made man, fondateur de l’enseigne Bricorama, constituée, depuis 1975, par le rachat de petites chaînes de distribution de matériel de bricolage. Depuis octobre 2012 et sa condamnation à fermer, le dimanche, ses 32 magasins d’Île-de-France, en application de la loi Mallié, il était devenu le chevalier blanc de l’ouverture dominicale, ferraillant comme un beau diable, contestant le fait que ses concurrents, eux, puissent ouvrir leurs portes. Il avait dû fermer définitivement, du fait de cette concurrence, l’enseigne de Montigny-le-Bretonneux. Depuis janvier 2014, et alors que le débat fait toujours rage, les magasins de bricolage ont tous reçu l’autorisation d’ouvrir le dimanche… Et à l’épreuve des faits, Jean-Claude Bourrelier, qui ouvre une trentaine de magasins de son parc, n’en tire pas tant de bénéfices que cela.

Son explications nuance quelque peu le retournement de situation : il constate, selon l’AFP, que les clients perdus le dimanche se récupèrent difficilement». Ils ont pris l’habitude d’aller ailleurs, dans les magasins qui, eux, étaient ouverts, ce que Jean-Claude Bourrelier considère comme une «concurrence déloyale». Pour lui, les performances inférieures à celles des concurrents se rattraperont avec la mobilisation des équipes. Mais les syndicats de l’entreprise, comme FO, y voient une autre raison, qu’ils ont déjà exposée à de nombreuses reprises : l’ouverture du dimanche ne donne pas plus de pouvoir d’achat aux clients dans une situation économique perturbée. Le débat sera rouvert dans les prochaines semaines, la lettre de Jean-Claude Bourrelier, en dépit de l’explication de texte qui l’accompagne, sera du pain bénit pour les opposants au travail dominical.

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