L'ouverture dominicale a du plomb dans l'aile

20 minutes Suisse 31/01/2014

L’assouplissement des horaires d’ouverture des centres commerciaux dans les région touristiques est contesté. Même la Fédération suisse du tourisme (FST) est sceptique face à la révision d’ordonnance projetée par le Conseil fédéral.

La FST admet certes que la Suisse connaît une forte croissance du nombre d’hôtes avant tout nantis, ayant une consommation élevée d’articles de luxe. Elle salue donc la volonté de mieux adapter les moyens de la branche touristique à cette clientèle.

Il faudra cependant veiller à ne pas créer des inégalités: alors que certains grands centres commerciaux profiteraient des dimanches – pour autant qu’ils proposent des articles de luxe et que leur clientèle est avant tout étrangère -, les petits magasins dans les stations touristiques devraient fermer.

Perte de charme

Or ce sont justement ces échoppes qui contribuent au charme tant vanté de nombreuses destinations touristiques helvétiques. De plus, avec le projet proposé, on n’aurait toujours pas d’harmonisation des heures d’ouverture au niveau national, ce qui irait dans le sens du tourisme international, souligne la FST.

La révision trouve un appui sans réserve auprès de l’Union suisse des arts et métiers (usam). Le projet est une contribution essentielle à la dérégulation et tient compte des fortes modifications dans le tourisme, estime l’organisation faîtière des PME.

Elle encourage même le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) à interpréter le terme de «centre commercial» dans un sens large et d’autoriser aussi l’ouverture des magasins situés dans le voisinage immédiat.

Le canton des Grisons, éminemment touristique, va plus loin. Il souhaite une application de la révision non seulement aux centres commerciaux, mais à tous les commerces d’une région touristique. Le «shopping» est aujourd’hui l’un des motifs principaux pour un voyage en Suisse et cette activité est considérée comme une expérience en soi, argumente-t-il.

Classer la motion Abate

La critique la plus virulente vient des syndicats. Unia demande au Conseil fédéral de classer sans suite la motion déposée par le conseiller aux Etats Fabio Abate (PLR/TI), qui veut supprimer l’interdiction du travail du dimanche dans les centres commerciaux destinés au tourisme d’achat. Le Tessinois avait déposé sa motion quinze jours après que son canton a enjoint au centre Fox Town de Mendrisio de fermer le dimanche.

Le fait que la libéralisation puisse se faire via une modification d’ordonnance, non attaquable par référendum, fait bondir la gauche et les syndicats. Unia a d’ailleurs fait réaliser un avis de droit par l’Université de Neuchâtel, qui conclut que la motion Abate nécessite au minimum un changement de loi. 

Une entourloupe

Travail.Suisse qualifie d’entourloupe la démarche visant à saper l’interdiction de travailler le dimanche par le biais de l’ordonnance. En outre, le changement de paradigme prévu crée des distorsions sur le marché si l’ouverture dominicale des magasins ne dépend plus des besoins quotidiens des touristes, mais que le «shopping» est considéré comme un besoin touristique en soi.

Les deux syndicats soulignent en outre l’importance du dimanche comme journée de repos. Ils mettent aussi en avant son rôle culturel et social.

Le Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB) rejette également le projet. Le tourisme est certes le secteur d’activité principal dans de nombreuses régions de montagne et l’ouverture flexible des magasins a beaucoup contribué à améliorer la qualité de l’approvisionnement sur place, reconnaît le SAB.

Il est toutefois faux de se focaliser sur les centres commerciaux, estime le SAB, qui représente les intérêts de près de 700 communes ainsi que de diverses organisations agricoles et touristiques.

Ces centres servent avant tout à l’approvisionnement de la population locale, même si leur construction sans bornes a contribué dans de nombreuses régions de montagne à la disparition des petits magasins de village, écrit le SAB.

Favoritisme incompréhensible

D’un point de vue de la politique du tourisme, il est incompréhensible que les centres commerciaux axés sur une clientèle étrangère soient favorisés. Le tourisme indigène joue un rôle central, rappelle le SAB.

Enfin, il n’est pas non plus compréhensible que seuls les commerces proposant des articles de luxe en profiteraient. Manifestement, la révision de l’ordonnance vise à régler un problème particulier, à savoir la «lex Fox Town», estime le SAB.

(at

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