A Paris, Hidalgo fait volte-face sur le travail du dimanche

Mélenchon s’étrangle en entendant Hidalgo : il n’est pas le seul !

Pour ce qui nous concerne, comme beaucoup de citoyens, nous croyons devoir nous résigner à l’adage célèbre d’Henri Queuille : « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ». Cependant, nous nous interrongeons sur l’avantage politique que compte retirer Mme Hidalgo dans sa lutte contre NKM par ce retournement pour le moins inattendu. Compte-elle sur un bénéfice éléctoral, en escomptant que le nombre d’enseignes de la grande distribution, additionné du nombre de Japonais souhaitant acheter un canapé le dimanche soit supérieur au nombre de ceux qui la considéreront désormais comme insincère ? Nous pensons que ce calcul électoral est risqué, et vient à la fois, une fois de plus, contribuer à démonétiser la parole politique, en même temps qu’il s’agit d’un erreur pour Paris.

Libé, 25/4/13 – Par LAURE EQUY

La candidate PS aux municipales propose de revoir la carte des zones touristiques de la capitale pour étendre le travail dominical, auquel elle s’opposait en 2010. Le Front de gauche s’indigne.

«Une déclaration de guerre aux salariés du commerce», «des provocations»… Depuis deux jours, le Front de gauche parisien s’étrangle en entendant les déclarations d’Anne Hidalgo puis de Bertrand Delanoë, prêts à lâcher du lest sur le travail dominical et l’extension des zones touristiques concernées dans la capitale.

Dans ces zones, l’employeur peut donner un repos hebdomadaire par roulement à son personnel, sans forcément majorer le salaire du dimanche, sauf accord de branche ou d’entreprise. Il y en a sept à Paris: une partie de la rue de Rivoli, la place des Vosges et la rue des Francs-Bourgeois, la rue d’Arcole, les Champs-Elysées, une partie du viaduc des Arts avenue Daumesnil, une partie du boulevard Saint-Germain, une partie de la Butte-Montmartre. Pas plus, la majorité municipale ayant refusé, en 2010, d’étendre l’ouverture des commerces, notamment au boulevard Haussmann, le quartier des grands magasins.

Mais mercredi, la candidate (PS) aux municipales a très nettement assoupli sa position. Dans un entretien vidéo au site lesechos.fr, Anne Hidalgo a proposé de «revoir cette carte des zones touristiques», tout en y mettant des «conditions», celle du «dialogue social» et de la création d’emplois. «Si on va dans cette voie, il faut un pacte», a-t-elle insisté.

Le lendemain, doublé. C’est l’actuel maire, Bertrand Delanoë, qui se dit prêt à rouvrir le dossier «si les conditions sociales» et «urbaines» sont«réunies». A savoir «que les riverains soient associés aux décisions (…), qu’il y ait un accord dans l’entreprise avec les syndicats, a-t-il expliqué sur France Inter. Il faut donc être sur la base du volontariat et il faut qu’il y ait un avantage.»

«Le bréviaire de la droite»

«Je suis d’autant plus surpris par ces déclarations que la gauche parisienne a toujours été unanimement contre l’extension de ces zones, même sous la pression de la loi [du député UMP Richard Mallié, votée en 2009, ndlr]», réagit auprès de Libération Ian Brossat, le président du groupe PCF-PG au Conseil de Paris.

Dans son livre Travail au bord de la crise de nerfs publié en 2010, Anne Hidalgo dénonçait d’ailleurs une loi qui a «sérieusement écorné le principe de repos dominical». La première adjointe estimait que «le volontariat ne [pouvait] être garanti […] puisque des pressions faciles peuvent être exercées sur les salariés qui refuseraient ces modalités».Plus loin: «Les études montrent que l’extension des zones touristiques profiterait aux seuls grands magasins et pénaliserait les petits commerces qui n’aurait pas les moyens économiques de faire face à la concurrence.» Hidalgo prenait enfin la défense des «femmes, majoritaires parmi les employés du commerce», évoquant leurs«difficultés pour les modes de garde».

Alors que la favorite de la primaire parisienne de l’UMP, Nathalie Kosciusko-Morizet, a proposé, dans un entretien au Figaro le 10 avril, l’extension des zones touristiques «dans l’est et le nord de Paris, qui permette l’ouverture des magasins le dimanche», le Front de gauche s’interroge sur la volte-face des socialistes. «Le PS parisien semble bien décidé à faire la course municipale dans le couloir de droite», accuse Alexis Corbière, conseiller de Paris du Parti de gauche, dans un communiqué, tandis que le communiste Ian Brossat met en garde, à onze mois des municipales: «On ne rassemble pas la gauche en puisant dans le bréviaire de la droite.»

Delanoë, ce matin, jugeait que sa suggestion «pragmatique» n’avait rien à voir avec la «loi antisociale» portée par «Nathalie Kosciusko-Morizet (…) en tant que membre du gouvernement Fillon».

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