Travailler le dimanche : le débat repart ?

Sud Ouest 19/2/2012

Marc Le Fur, qui mena la fronde des députés UMP contre l’ouverture des commerces le dimanche, juge inopportun de rouvrir le débat aujourd’hui

Davantage d’ouvertures de commerces le dimanche, comme l’a annoncé Frédéric Lefebvre aux états généraux du commerce à Bercy ? En marge de l’inauguration de son QG de campagne hier matin, Nicolas Sarkozy s’est gardé d’humilier son secrétaire d’État mais a fermement rappelé que toutes les propositions viendront du candidat… Et on voit mal le président raviver, à la veille de la présidentielle, les tensions avec une partie de sa majorité, notamment le courant catholique. Le combat pour sauver le dimanche avait déjà été mené en 2008 par le député breton UMP Marc Le Fur.

 

« Sud Ouest Dimanche ». Quels étaient vos arguments alors pour vous opposer à l’ouverture des commerces le dimanche ?

Marc Le Fur. Notre argument principal était de dire qu’il y a déjà beaucoup de gens qui travaillent le dimanche car des services l’exigent. Mais notre société se doit de provoquer des respirations, de permettre aux familles de se retrouver au moins un jour dans la semaine. Il y avait déjà de nombreuses dérogations pour les commerces alimentaires. Nous n’y étions pas hostiles. Le problème se posait dans d’autres secteurs et zones à cause de tolérances et de réalités touristiques ou économiques à prendre en compte.

La loi Maillé est passée par là en août 2009. Pour vous, elle suffit ?

L’équilibre a été trouvé. Difficilement. De haute lutte. On ne va pas tout recommencer. La loi, faisant un compromis global, a réaffirmé le principe du repos dominical. Un jour à part dans la semaine. Elle a aussi délimité des zones touristiques et des « périmètres d’usage de consommation exceptionnel », qui ont gagné l’autorisation d’ouverture dominicale. Il est normal qu’un Japonais qui est à Paris pour la journée puisse, entre le Louvre et la tour Eiffel, acheter de la maroquinerie ou des vêtements. Cela fait partie de l’offre touristique de la capitale et d’autres grandes villes.

Que penser alors de ce débat qui ressurgit en pleine campagne électorale ?

Le propos ressort, certes. Mais qu’on soit bien clair. C’est un ministre qui dit parler au nom du président. C’est une erreur. C’est inopportun. Il me semble peu probable que le président de la République remette en cause cet équilibre. D’autant que le candidat Sarkozy – que je soutiens – a tenu des propos que je rejoins sur les valeurs, et notamment sur celles de la famille. Elle est au cœur de la problématique du travail dominical. C’est une vraie contrainte pour une mère de famille de devoir quitter les siens en plein dimanche pour aller travailler.

Je ne crois pas, de toute manière, que cela développe réellement le commerce. Ce qui sera dépensé le dimanche d’ouverture ne le sera pas le mardi. Et si c’est une question de temps libre, désormais les créneaux d’ouverture des commerces sont partout très larges en semaine. Et puis, n’offrons pas à la société française comme loisir principal le fait de pouvoir déambuler le dimanche dans des galeries commerciales et d’acheter encore et encore alors que le pouvoir d’achat a des limites.

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