Le combat de Rennes contre l’ouverture dominicale des supermarchés

Gazette des communes / AFP, 14/11/11

Dans la région rennaise, élus et syndicalistes réclament l’application d’un accord local interdisant l’ouverture des supermarchés le dimanche, sans parvenir à obtenir l’appui du préfet qui seul peut donner une force légale à ce pacte.

Depuis plus d’un an, les manifestations dominicales se succèdent devant les deux seuls supermarchés du bassin rennais qui, depuis 2010, rompent un consensus local bien établi en ouvrant leurs portes le dimanche matin. Des barrages filtrants, avec des affluences allant d’une dizaine de personnes à une centaine le 9 octobre 2011, interpellent les clients sur les conséquences de cette ouverture dominicale pour les salariés ou la vie sociale.
Deux supermarchés refusent d’appliquer l’accord – Avec la signature en décembre 2010 d’un accord entre le Medef local, les représentants des commerçants et les syndicats de salariés, prévoyant la fermeture dominicale des commerces alimentaires de plus de 700 mètres carrés, les manifestants espéraient bien avoir obtenu gain de cause. Mais ces deux supermarchés Intermarché et Casino refusent d’appliquer l’accord, et le préfet refuse de le rendre obligatoire, comme il en a la possibilité.

Pour le préfet, Michel Cadot, l’attitude des deux supermarchés contestataires prouve qu’il y a « rupture du consensus » sur la question. Il faut prendre en compte « l’évolution des conditions de vie de la population », souligne-t-il, en pointant également les problèmes de concurrence avec les supermarchés du reste du département, non soumis à l’accord.

En contradiction avec le choix récent du législateur – De plus, il faut éviter de « restreindre un droit (à l’ouverture le dimanche) récemment confirmé par le législateur », fait-il valoir, en allusion à la loi Mallié de 2009 sur le travail dominical. Le préfet a d’ailleurs reçu cette semaine le soutien public du gouvernement, via un message du secrétaire d’Etat à la consommation Frédéric Lefevbre, publié dans la presse.

Mais élus, syndicalistes et simples militants de la cause dominicale ne décolèrent pas contre la décision de l’Etat. « C’est un déni de démocratie sociale », estime Eric Fouré, du collectif « commerce » de la CGT d’Ille-et-Vilaine, qui prépare une nouvelle manifestation avec les autres syndicats de salariés le dimanche 20 novembre.

Consensus des élus – « Il y a un consensus des élus pour la fermeture dominicale, toutes tendances confondues » au nom notamment de la défense du commerce de proximité, renchérit Honoré Puil, vice-président PRG de l’agglomération rennaise, en charge de l’urbanisme commercial. « Le consommateur n’est pas sans ressources le dimanche, il y a de plus petits magasins qui peuvent ouvrir sans problème », souligne M. Puil.

Pivot du collectif qui manifeste le dimanche devant l’Intermarché de La Mézière, au nord de Rennes, Alain Visset, un retraité du commerce, n’entend pas non plus baisser les bras face à un supermarché « qui n’a aucun autre but que de piquer le chiffre d’affaires des concurrents ». « Au moins nos manifestations ont contenu les tentations d’ouverture ailleurs », souligne-t-il. Le travail dominical « ne rapporte rien de plus ou presque aux caissières, qui ne sont pas payées double ce jour là », contrairement à une opinion répandue, souligne-t-il.

Travail des étudiants – Mais le patron de l’Intermarché en cause, Cédric Ducable, n’en démord pas non plus. « Si on ouvre le dimanche, c’est qu’il y a une nécessité pour nos entreprises », estime-t-il, en soulignant qu’il fait travailler le dimanche « des étudiants », et que ses rayons de détail (boucherie, fromages…) restent fermés. « J’ai 25 salariés, il faut qu’on s’en sorte », estime-t-il.

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