Le travail dominical, contraire à la "politique de civilisation"

Extrait de l’intervention du député Dominique Souchet, hier à l’Assemblée nationale

« le gouvernement avait sagement renoncé à légiférer sur l’extension du travail dominical, notamment après s’être heurté à la résistance courageuse d’un groupe consistant de députés de la majorité en phase avec la majorité de l’opinion. Mais non : avec une obstination, un acharnement, un entêtement surprenants, alors que personne ne lui demande rien, ni les Français, ni même les grandes chaînes commerciales (il suffit d’écouter Michel-Edouard Leclerc), le gouvernement revient à la charge en nous présentant, au coeur de l’été, une nouvelle version prétendue « light » de la proposition du mois de décembre, une proposition, un projet de loi, on se sait plus très bien, dont le titre est tellement contourné et la sémantique si finement retravaillée qu’ils éveillent comme mécaniquement le soupçon.

La contradiction semble criante entre l’objectif d’une politique qui se présente comme une « politique de civilisation » et ce qui apparaît comme le détricotage d’un repère essentiel permettant précisément de distinguer une société civilisée d’un simple agglomérat d’individus. Lors du récent Congrès à Versailles, le Président de la République a particulièrement insisté sur l’importance qu’il attachait au modèle social français. Il serait, et nous partageons cet avis, notre meilleur bouclier face à la crise. Mais le repos dominical et ce qu’il permet ne sont-ils pas précisément un des éléments constitutifs du modèle français ?

[…] Ce n’est en aucun cas une réponse crédible à la crise économique, ni un mode de vie décent à proposer. […] La raison qui a présidé à l’élaboration de cette proposition de loi est d’ « accroître l’activité » pour « libérer la croissance ». Pourtant, aucune étude économique ne présente des évaluation probantes. Au mieux, les nouvelles dispositions permettront donc un transfert d’activité, c’est-à-dire un transfert d’emploi et un transfert d’achat sur des jours habituellement non-ouvrables. Car ouvrir plus longtemps ne fait pas consommer plus. […] En définitive, cette proposition de loi me paraît inadaptée aux besoins actuels de notre pays. […] Au total, ce que nous redoutons, c’est la mise en place d’un enchaînement, d’une contagion, d’un engrenage, c’est un effet domino, un effet boule de neige à partir d’une brèche législative porteuse d’un élargissement potentiellement sans fin de dérogations. Cet élargissement progressif pourrait bien, au terme du processus, aboutir à transformer en exception la règle elle-même que la proposition de loi est censé réaffirmer : celle du repos dominical. »

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